Faire les choses ensemble à Petite-Vallée

Patrice Michaud était l'«artiste-passeur» de la 37e édition du Festival en chanson de Petite-Vallée.
Photo: Jean-Charles Labarre Patrice Michaud était l'«artiste-passeur» de la 37e édition du Festival en chanson de Petite-Vallée.

C’était juste avant le spectacle-brunch du Gaspésien Juste Robert, samedi, dans le petit Camp en chanson du Festival en chanson de Petite-Vallée. Le directeur de l’événement, Alan Côté, monte sur scène pour les présentations d’usage, mais soulève un dernier point avant de partir. « On aurait besoin d’un coup de main pour la plonge après, s’il y a des intéressés ». La foule rit… mais c’est sérieux, et d’ailleurs deux personnes lèvent une main généreuse.

Les choses se trament visiblement en communauté dans ce festival, et la chanson se fait en équipe. Avec le public, oui, mais beaucoup en voix mélangées. Comme lors du traditionnel spectacle de La Petite École de la chanson, où quelque 300 enfants chantent en choeur les succès de l’« artiste-passeur » de l’événement. Pour cette 37e édition, c’est Patrice Michaud qui était à l’honneur, et la soirée très familiale de jeudi a fait frissonner à plusieurs reprises. Difficile pour le spectateur de rester de marbre devant un tel exercice fédérateur, où brille la jeunesse.

Et c’était aussi difficile pour Michaud lui-même de ne pas avoir l’oeil humide, lui qui est monté sur scène pour deux chansons à la fin de la soirée. « C’est le plus beau spectacle que j’ai vu de ma vie, a-t-il lancé sur scène. Mesdames, messieurs, votre avenir », a-t-il ajouté en montrant les gradins bourrés de jeunes chanteurs.

Ce « chanter-ensemble » gaspésien s’est manifesté de plusieurs autres façons dans les premiers jours du festival (qui se poursuit jusqu’au 6 juillet). Entre autres avec le programme des « Chansonneurs », où huit jeunes musiciens présentent sur scène leur travail respectif mais tous ensemble, chacun accompagnant les autres. Et alors qu’un d’entre eux, Alex Météore, s’est récemment fracturé la clavicule, ses compères ont décidé de se séparer ses lignes pour que le spectacle se tienne bien.

Une solidarité qui semblait unir fortement le groupe de créateurs de la relève, qu’on a vus déambuler chaque jour bras dessus, bras dessous, dans presque tous les concerts du festival.

Des huit, c’est toutefois Simon Kearney qui a été le plus occupé. En plus d’avoir son moment à lui sur scène, le guitariste qui a fait paraître un premier disque en janvier accompagnait Jérôme 50 en plus d’avoir été invité par Patrice Michaud lors de son propre concert du samedi soir. L’artiste-passeur a joué son rôle à merveille, présentant Kearney comme son petit frère et exhortant les quelque 1200 personnes dans le grand chapiteau installé dans la ville voisine de Grande-Vallée à se procurer sa musique. Un geste fort élégant.

Cette approche collective s’est encore une fois manifestée lors du concert Nikamu Mamuitun, dont le sous-titre est justement Chansons rassembleuses. Mené par Florent Vollant, le projet de création entamé en 2017 réunissait sur la scène du chapiteau de la Vieille Forge huit auteurs-compositeurs autochtones et allochtones, dont Matiu, Marcie, Karen Pinette-Fontaine et Guillaume Arsenault. Encore une fois, la rencontre a mené à quelque chose de grand et de touchant, mais aussi de très amusant — dont, à la fin, la création d’un petit train dansant où la foule s’est levée et a déambulé dans la salle en suivant le tambour de Matiu.

Le country était aussi à l’honneur vendredi soir, alors que la chanteuse Guylaine Tanguay était attendue lors du spectacle Nous, on aime la musique country, qui mettait en vedette l’Ensemble vocal Tourelou et ses 125 chanteurs. Encore beaucoup de voix en choeur, qui ont livré des dizaines de succès du genre lors d’une soirée qui s’est étirée sur plus de trois heures.

Fins de soirées

La jeunesse a aussi trouvé son compte au Festival en chanson de Petite-Vallée. Malgré le fait que les concerts qui lui sont destinés commencent à 23 heures, il y avait une foule honorable pour Jérôme 50, fort intéressant pour le doué Les Louanges et impressionnante pour FouKi (et la douée recrue locale Jack Layne). Il y a un appétit pour des sons frais, visiblement.

Dimanche soir au grand chapiteau devant une foule assez diversifiée, Fanny Bloom a vécu un beau moment. Après avoir trimé pour brasser la baraque, descendant même au parterre encore clairsemé, la chanteuse a allumé quelque chose dans le coeur du public, qui s’est mis à s’avancer devant la scène par grappe d’amis. En une minute, il y avait foule devant Bloom, tout sourire.

Après Fanny, Émile Bilodeau a par ailleurs offert plusieurs nouveaux titres dans un concert comme toujours très dynamique. Et ce, malgré le fait que le jeune homme avait passé une nuit blanche la veille, comme le montraient ses « stories » Instagram tournées aux aurores sur la longue pointe de Petite-Vallée. L’air salin, ça appelle à larguer les amarres, parfois.

Québec aide Petite-Vallée

La ministre québécoise de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, était de passage au Festival en chanson de Petite-Vallée samedi soir, pour annoncer une aide supplémentaire de 150 000 $ sur deux ans afin que l’événement puisse plus aisément passer à travers la phase de transition qu’elle est forcée de vivre après l’incendie du Théâtre de la Vieille Forge en août 2017. La ministre Roy, elle-même née en Gaspésie, a confirmé que la somme de 6,5 millions promise par les libéraux était toujours réservée pour la reconstruction de la salle. Elle a par ailleurs affirmé qu’elle voulait que le processus se fasse dans les règles de l’art, mais qu’elle se ferait la « facilitatrice » pour que le projet « aille plus vite ». « Je veux que ça procède rondement », a dit Mme Roy, soulignant l’importante du festival pour la vitalité économique et culturelle de la région.