Sonder l’âme de la musique afro-cubaine avec Rafael Zaldivar

L’emballant «Consecration» paru il y a deux mois embrasse tous les aspects des traditions musicales de la culture yoruba, introduite dans les Caraïbes durant la traite des esclaves.
Photo: Effendi Records L’emballant «Consecration» paru il y a deux mois embrasse tous les aspects des traditions musicales de la culture yoruba, introduite dans les Caraïbes durant la traite des esclaves.

Avec son nouvel album, Consecration, sujet principal du concert qu’il présentera le 4 juillet à L’Astral, il cherchait cette fois à souligner l’importance de la culture yoruba, introduite dans les Caraïbes durant la traite des esclaves, pierre angulaire de la musique cubaine. « Très souvent, on fait référence à la musique cubaine en mettant l’accent sur les [instruments percussifs] claves et tumbadora, mais on oublie la dimension spirituelle, sacrée, de la musique afro-cubaine, explique Zaldivar. Les descendants du peuple yoruba ont tout un répertoire de danses et de rythmes importants — il constitue en quelque sorte le squelette de la musique cubaine. »

L’emballant Consecration paru il y a deux mois embrasse tous les aspects des traditions musicales de cette culture née en Afrique de l’Ouest (Nigéria, Togo, Bénin, Côte d’Ivoire). « Ce qui est particulier avec le peuple yoruba, c’est qu’il avait un système de croyances très structuré, très élaboré, et très flexible », explique Zaldivar, qui mène sa carrière de jazzman en parallèle de celle de professeur assistant à la faculté de musique de l’Université Laval. « La spiritualité yoruba nous apprend à comprendre le rapport de l’être humain à la terre, à la nature, à l’univers ; c’est une question de recherche d’équilibre, et je l’applique à ma création. »

Le pianiste nous communique ainsi cet éveil spirituel, même sur des compositions en apparence plus éloignées des tropes afro-cubains — par exemple sur la magnifique et planante Simple Talking, le jeu de Zaldivar au Moog et au piano qui semble guider la voix de la chanteuse Mireille Boily (elle sera remplacée sur scène par Sarah Rossy).

Et encore sur l’intrigante Obatala, jazz moderne coloré par le jeu du percussionniste cubain Amado Dedeu Jr. (qui sera du concert au Festival international de jazz de Montréal) s’articulant autour « d’une note de basse répétée qui donne un sens métronomique à la pièce, cela pendant que j’improvise au piano. Se dégage un contraste » entre le rythme qui tourne en boucle et les envolées pianistiques empreintes de liberté.

« La flexibilité que l’on découvre sur le plan des improvisations transforme la structure des pièces et tranche avec les éléments plus statiques de la musique latine. Quand on interagit avec ces rythmes, on donne une nouvelle forme, une nouvelle essence, à la pulsation » des rythmes afro-cubains.

Autre aspect intéressant de la démarche propre à Consecration, selon son compositeur : « J’ai travaillé à essayer de renouveler mon discours musical sur le plan de l’improvisation, au niveau de l’improvisation, selon le caractère, le message, de chaque pièce. Je ne voulais pas que mon jeu puisse s’entendre comme une simple superposition sur une rythmique afro-cubaine. Souvent dans le jazz cubain, on ressent une surexcitation de l’interprétation, le discours devient alors chargé et axé sur la rythmique, la répétition ».

Le registre des émotions déployé sur Consecration est conséquemment très étendu, et raffiné par le jeu des musiciens invités qu’on retrouvera sur la scène de L’Astral : Rémi-Jean LeBlanc à la basse (électrique, acoustique), Louis-Vincent Hamel à la batterie, Giovany Arteaga au saxophone ténor, ainsi que Dedu aux percussions et Rossy au chant.