Melody Gardot, Joep Beving: rutilante et langoureuse Melody à Wilfrid-Pelletier

Pour le 40e du festival, Melody Gardot a fait les choses en grand, trimbalant dans ses valises un ensemble de cordes d’une douzaine de musiciens qui ont drapé de soie ses chansons jazz, pop et bossa nova.
Photo: Benoit Rousseau Pour le 40e du festival, Melody Gardot a fait les choses en grand, trimbalant dans ses valises un ensemble de cordes d’une douzaine de musiciens qui ont drapé de soie ses chansons jazz, pop et bossa nova.

Public comblé jusqu’au dernier balcon hier soir lors du premier des deux concerts que l’auteure, compositrice et interprète Melody Gardot donnait à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, de retour sur l’affiche du Festival international de jazz de Montréal après un pareil doublé présenté dans la même salle il y a trois ans. Et pour le 40e du festival, elle a fait les choses en grand, trimbalant dans ses valises un ensemble de cordes d’une douzaine de musiciens qui ont drapé de soie ses chansons jazz, pop et bossa nova.

Heureusement qu’elle était arrivée tôt à destination, l’Américaine, sinon elle aurait pu subir le même sort que la pauvre Bebel Gilberto : stoppée net sur le tarmac d’un aéroport new-yorkais en raison des orages. En faisant salle comble à Wilfrid-Pelletier, Gardot a mis un peu de baume sur la plaie d’un Théâtre Maisonneuve abandonné, cajolant ses fans en leur offrant une douzaine de chansons longuement servies sur plus d’une heure et demie.

Langoureuse Melody dès les premières mesures de la chanson traditionnelle Wayfaring Stranger, offertes sur un simple lit de violons avant que le reste de son orchestre (guitare, contrebasse, batterie, violoncelle) s’interpose avec une rythmique jazz. La nouvelle récipiendaire du prix Ella-Fitzgerald décerné par le FIJM a fait accélérer le tempo avec une de ses originales, The Rain (de My One and Only Thrill, 2010), son violoncelliste articulant un superbe contrepoint mélodique à son chant, toujours aussi clair et limpide.

Gardot est vite retournée à ses premières amours bossa nova, d’abord avec So Long (de The Absence, 2012), puis avec If The Stars Were Mine, une préférée de ses fans, à en juger par l’accueil chaleureux. Tantôt au piano avec son jeu aussi retenu que son style vocal, tantôt à la guitare électrique, toujours avec ses verres fumés sur le nez, Melody Gardot s’exécutait avec une gracieuse assurance, épaulée par un orchestre tout aussi délicat, et cet ensemble de cordes québécois donnant un lustre suranné, façon Nelson Riddle dans les belles années de la chanson pop-jazz opulente de Peggy Lee et Nat King Cole.

L’effet était particulièrement réussi sur les ballades chéries telles qu’Our Love is Easy et If Ever I Recall, quoiqu’un peu trop appuyé ailleurs, durant la cabotine et énergique finale de Baby I’m a Fool notamment. S’adressant à nous surtout dans un impeccable français (elle habite Paris depuis quelques années), la musicienne a glissé sa composition Les Étoiles en fin de concert, puis l’immortelle La chanson des vieux amants de Brel au rappel. Elle remet ça encore ce soir, à l’abri des orages.

Les Nocturnes de Beving

C’était hier, sauf erreur, la première visite chez nous du compositeur et pianiste néerlandais depuis le début de sa carrière discographique entamée il y a quatre ans. Repéré par l’éminent label Deutche Grammophon, Joep Beving se produisait à l’Astral, seul au piano droit pendant soixante minutes avant qu’il nous présente les quatre instrumentistes newyorkaises issues de l’American Contemporary Music Ensemble (ACME).

Ces dernières, précisait-il, l’aideraient à étoffer sa proposition pianistique, une démarche qu’il a amorcé avec son récent album Henosis – et, dans une certaine mesure, avec le précédent Conatus, collection de relectures, remixes et reprises. Car depuis Solipsism (2015) qui l’a fait connaître, Beving s’était distingué au registre « modern classical » ou néo-classique, musique instrumentale où le piano est maître, piano dont il extrait un maximum de sonorités et de textures, notamment par des techniques d’enregistrements ou de préparation de l’instrument.

Mais hier, ses jolies compositions laissaient paraître la faiblesse de leurs progressions harmoniques ; son jeu délicat repose sur l’enchaînement d’arpèges desquels émerge des thèmes, souvent forts, tous un peu semblables au final. Sans les effets de profondeur et de textures conçus en studio, on prenait rapidement la mesure de son travail, entre classicisme romantique, minimalisme et musique ambient / new age. La finale du concert, étoffée par l’ACME, laissait heureusement entrevoir une piste plus stimulante que la première, et néanmoins agréable, heure de son récital.