Festival de Petite-Vallée: le dernier tour de piste de la chef de choeur

Selon Danielle Vaillancourt, il y a quelque chose en Gaspésie qui pousse à la chanson.
Photo: Jean-Charles Labarre Selon Danielle Vaillancourt, il y a quelque chose en Gaspésie qui pousse à la chanson.

Depuis 28 ans au Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, Danielle Vaillancourt s’occupe de faire chanter les enfants grâce au volet de La Petite École de la chanson, qui à chaque édition plonge la jeunesse dans le répertoire de l’artiste vedette de l’événement. Jeudi, ils étaient plus de 300 enfants venus de partout dans la région pour interpréter les morceaux de Patrice Michaud. C’était là un dernier tour de piste pour Mme Vaillancourt, qui accroche sa baguette.

Danielle Vaillancourt est professeure de musique de métier. Installée devant nous au chapiteau de la Vielle Forge, elle a les cheveux gris ondulés, le sourire honnête. Et le regard vif mais aimant, deux qualités qu’elle utilise aussi sur scène. Elle dirige le choeur avec vigueur, avec de grands battements de bras, se balançant sur une jambe et sur l’autre. Mais parfois elle pose un oeil câlin sur une jeune soliste, pour l’appuyer dans ses premières notes.

« Danielle c’est une force tranquille, raconte le directeur général et artistique du festival, Alan Côté, qui a aussi longtemps été son conjoint. C’est un sourire, quelqu’un qui ne se fâche jamais, qui est beaucoup à l’écoute des enfants. C’est une rassembleuse. Sa grande force c’est communiquer le plaisir de chanter, le plaisir des mots. »

Imaginez le travail accompli depuis 28 ans. Des milliers d’enfants gaspésiens ont rencontré Mme Vaillancourt pour travailler le répertoire d’artistes québécois, pour apprendre leurs mots et leurs musiques.

« J’ai un amour des enfants au départ, avant celui de la chanson, raconte-t-elle. J’enseignais la musique ici sur le territoire des Chic-Chocs, de Petite-Vallée à Rivière-au-Renard. J’ai été prof itinérante pendant 35 ans, d’école en école, avec ma guitare sur le dos. Et les enfants à la main ! »

Selon elle, il y a quelque chose en Gaspésie qui pousse à la chanson. Le vent notamment. « Il est omniprésent ici, moi ça m’a porté toute ma vie. Quand je suis arrivé ici, le vent a arraché mon étui de guitare, et fait revoler mes feuilles partout. C’était ça mon accueil en Gaspésie. Moi qui suis une chanteuse, je me suis dit : je vais chanter ici toute ma vie. »

Elle qui a donné des ateliers de musique partout au Québec estime même que les jeunes de la région n’ont « pas le même son » qu’ailleurs dans la province. « Ces enfants-là chantent d’une manière particulière. Le souffle. L’air d’ici, l’air salin du bord de mer, ça ne peut pas chanter pareil. C’est la liberté, l’ouverture, le « lousse », ils ont ça, les enfants. »

Le passeur de cette 37e édition, Patrice Michaud, a assisté jeudi à l’ultime présence de la chef de choeur. « Danielle a su trouver la formule magique pour rester jeune pendant toutes ces années : s’entourer d’enfants. Elle a toute mon admiration », a-t-il confié au Devoir.

Deux jours après le concert, Danielle Vaillancourt reste encore très émue. « J’ai beaucoup pleuré, j’ai eu de la difficulté à entrer en scène… Je te parle et ça remonte ! C’est difficile. Mais ce n’est que du beau. Les enfants m’ont collé tout le long, ils partaient un par un, ils me serraient la patte, et le bec, alouette ! C’est un accomplissement de ma vie. Ce n’est pas une affaire de carrière, ça n’a pas rapport. J’ai tout donné ça bénévolement. » Un fait que confirme Alan Côté. « Même les dernières années on a voulu la payer, elle ne voulait pas. »

C’est pourtant un « travail de moine », ajoute le directeur du festival. Monter le spectacle annuel de La Petite École de la chanson est une aventure qui commence en septembre avec le choix de l’artiste passeur, mais qui se poursuit jusqu’à la fin du moins de juin avec ces quelque 300 enfants, répartis cette année dans 27 écoles.

« J’écoute le répertoire, je réfléchis à ce qui peut toucher le plus les enfants. On en choisit entre 12 et 15, puis moi je les pratique, je les répète, je fais l’enregistrement des bandes sonores pour les élèves, je leur fais un fichier, ils travaillent avec ça. »

Elle estime nécessaire ce travail musical avec les jeunes, pour la transmission du répertoire et de l’amour de cet art, mais aussi pour la rigueur qui se développe de l’apprentissage de la musique.

« On insiste aussi beaucoup avec les enfants sur le côté rassembleur, sur l’importance du groupe, mais aussi sur l’importance de chaque enfant dans le choeur. Le matin quand on rentre on les nomme un par un, avec leur nom et leur nom de famille. Ils ont une responsabilité personnelle et collective, donc. »

La musique pour faire grandir l’humain ? « C’est l’objectif premier de l’enseignant, de faire des bons citoyens et je pense qu’on contribue à faire ça. »