Alt-J en virée canadienne

Le groupe Alt-J en concert au festival Coachella en 2018, en Californie
Photo: Frazer Harrison Agence France-Presse Le groupe Alt-J en concert au festival Coachella en 2018, en Californie

En plein coeur d’une pause bien méritée après avoir défendu son dernier album Relaxer et son rejeton remixé Reduxer presque 200 fois sur les scènes du monde, le trio indie-rock britannique Alt-J offre cet été au public canadien une petite incartade de quatre dates, question de se délier un peu les doigts et le cerveau.

« Pourquoi pas ? » demande le chanteur et claviériste Gus Unger-Hamilton en entrevue téléphonique. Alt-J n’est « pas vraiment actif » en ce moment, confirme-t-il, mais la musique est comme un muscle, ajoute l’artiste.

« On ne veut pas arriver à notre prochaine tournée, peut-être l’an prochain, et se sentir vraiment rouillés, tu sais, dit Unger-Hamilton. Et c’est bien de se souvenir comment jouer nos chansons, et peut-être d’être inspirés pour de nouvelles, qui sait ? »

Gus Unger-Hamilton et ses acolytes Thom Sonny Green et Joe Newman entameront leur séjour au pays avec deux spectacles en salle au Festival international de jazz de Montréal — les 2 et 3 juillet à Wilfrid-Pelletier — avant de monter sur la scène extérieure du Bluesfest d’Ottawa le lendemain, pour finalement conclure la microtournée sur les plaines d’Abraham dans le cadre du Festival d’été de Québec.

Entre les sièges feutrés de la Place des Arts et le gazon écrasé des Plaines, les contextes de jeu ne seront pas les mêmes, mais Unger-Hamilton explique qu’Alt-J ne changera pas sa façon de faire, notamment pour ce qui est de l’interaction avec le public.

« On laisse beaucoup la musique et le visuel faire le travail, on n’est pas très friands de l’approche de beaucoup parler à la foule. On a un concert visuel, et on met de l’énergie pour que le son soit le meilleur possible. Donc, le concert parle de lui-même. »

Il faut dire que, dans l’univers des festivals, il devient de moins en moins possible de jouer « petit » pour les musiciens, alors que s’installe une compétition manifeste pour capter l’attention à travers une certaine flamboyance.

« Une compétition… Intéressant, laisse filer l’artiste. Bien, tout le monde est au courant en ce moment de ce que peuvent nous permettre les technologies, et beaucoup de groupes rehaussent leur jeu, ils ne veulent pas rester derrière. Et les gens s’attendent à un certain niveau maintenant. Mais avec Alt-J, on est bien payé pour faire des concerts et on aime réinvestir notre argent dans la conception d’un spectacle époustouflant. Je crois que c’est la bonne chose à faire pour nos fans. »

Ultimement, ajoute le musicien, un spectateur impressionné, qui a passé du bon temps, en est un qui reviendra probablement lors du prochain passage du groupe en ville. « C’est un peu investir dans le futur. »

L’exercice Reduxer

Le 28 septembre dernier, Alt-J a fait paraître l’album Reduxer, sur lequel le trio originaire de la ville de Leeds a confié les chansons de son disque Relaxer à des artistes hip-hop issus d’un peu partout. Le résultat est fait de 11 titres revisités, entre autres par Lomepal, Alchemist et Danny Brown.

Quelques mois plus tard, Gus Unger-Hamilton reste très fier du résultat, qui a reçu un bon accueil.

« Je crois que ce que ç’a renforcé, c’est le fait que les gens aiment que l’on fasse des choses inhabituelles. Et les collaborations, on n’en avait pas fait beaucoup dans le passé, c’était très excitant pour nous de faire ce disque. Et aussi, c’est bien d’avoir ce feeling que nos fans ne sont pas juste des amateurs d’indie-rock, mais aussi de plein de genres. Ça fait qu’on se sent libres d’explorer plein d’avenues » dans le futur.

Ce futur reste encore loin, tempère le claviériste, le groupe n’ayant pas de nouvelles compositions à offrir pour cette minitournée. « Mais on regarde vers l’avant, on pourrait faire du nouveau peut-être cette année. »

Il n’y a donc pas de filon précis à explorer encore mais, globalement, Alt-J essaie de faire de la musique qui n’est pas que l’écho d’une tendance actuelle, précise Gus Unger-Hamilton.

« Je serais fâché de voir que notre musique ne serait pertinente que dans l’époque où elle a été faite, estime-t-il. Je ne dis pas qu’on essaie en soi de faire une musique hors du temps, ça serait prétentieux et nécessairement voué à l’échec, Mais bon, tu sais, j’aime croire que notre musique sera écoutée dans le futur et qu’elle sonnera encore fresh. C’est l’objectif suprême pour un groupe. »

Un rêve de b.o.

Le groupe Alt-J connaît un succès important dans le monde, comme peut en témoigner, par exemple, son nombre de concerts ou ses statistiques sur les plateformes de diffusion en continu — 303 millions d’écoutes par 17 millions de fans sur Spotify en 2018. Mais ce qui fait encore rêver la formation, ce serait de pouvoir créer une grande bande originale pour un film. « On a bien reçu des appels pour ce genre de travail, mais à ce jour ça a toujours été une déception, pour une raison ou une autre, raconte le chanteur et claviériste Gus Unger-Hamilton. Si on pouvait réussir à faire de la bonne musique pour un bon film réalisé par un grand réalisateur, ça serait extraordinaire. »

Alt-J

Les 2 et 3 juillet au FIJM, le 4 juillet au Bluesfest d’Ottawa et le 5 juillet au Festival d’été de Québec.