Les flâneurs


Jean-François Nadeau

À en baver

Nul besoin d’aimer le vélo, d’en baver au coeur de l’été à en mordre son guidon, nul besoin de pareils efforts pour goûter la plume exceptionnelle d’Olivier Haralambon, ancien coureur cycliste devenu philosophe et écrivain, un des meilleurs, sinon le meilleur à mon sens, pour parler de sport en général et de celui-ci en particulier. Dans son plus récent livre, « Mes coureurs imaginaires », Haralambon met le cap sur le rapport au corps qu’entretiennent les sportifs de haut niveau, envisagé à partir de la course cycliste. Mais peu importe le vélo puisqu’il est question ici, avant tout, de traits constitutifs de notre époque qui dépense son trop-plein d’énergie dans des rituels pareils. Dans l’effort de la compétition, dit l’écrivain, le corps des sportifs fait penser à « la société de cour », quand devant le parterre royal on apprenait à dissimuler ses sentiments, à rehausser des qualités feintes, selon les règles d’un théâtre particulier. L’action de la compétition révèle très peu des personnages eux-mêmes. Sous ces figures éclatantes de santé, souriantes, affirmatives, Haralambon cherche plutôt les failles qui ne paraissent pas d’emblée. Il entre là où l’humanité se dessine en creux, dans l’ombre, dans les doutes, la mélancolie, les remords, les inquiétudes. Et il le fait en écrivain brillant.


Félix Deschênes

Lamentable «Ligue du LOL »

Censés libérer la parole et mettre au jour des phénomènes d’intérêt public, les médias se sont montrés opaques lorsqu’est venu le temps de couvrir des épisodes de cyberharcèlement contre des femmes journalistes en France. C’est ce paradoxe qu’explore le balado « Injustices » en nous replongeant dans l’univers toxique qu’a créé au début des années 2010 la « Ligue du LOL », cette bande de cyberharceleurs devenus haut placés au sein des rédactions françaises. Sans révolutionner les codes du genre, les deux premiers épisodes sont dignes d’intérêt, donnant enfin la parole aux artisanes du milieu.


Sophie Chartier

Vogue!

Pose, cette série se déroulant dans l’univers des « balls », ces soirées underground de la culture LGBTQ qui ont servi de lieu sûr et d’espace d’expression, a repris l’affiche de FX pour une seconde saison. Dans le New York de 1990, le sida fait des ravages et le tube du moment, « Vogue », de Madonna, donne des espoirs d’acceptation à Blanca et à ses enfants adoptifs (de jeunes gais et trans abandonnés par leur famille biologique). Si quelques passages des trois premiers épisodes sont un peu forcés, le plaisir de retrouver les personnages, leur univers et leurs interprètes — pourquoi voit-on si peu Billy Porter ailleurs ? — reste intact.


Dominic Tardif

Jamais trop de ska

« Too much information », proclament les Planet Smashers dans un brûlot guilleret — la chanson-titre de leur 9e album paru en mai — raillant notre époque d’extimité exacerbée par les réseaux sociaux. Si certains nous en révèlent parfois trop sur leur quotidien, jamais en aurons-nous assez de la musique de joie pure des rois du ska montréalais, qui célèbrent cette année leur quart de siècle en ayant la grâce de respecter une formule éprouvée : rythmes super allègres, orgie de cuivres pimpants et refrains aussi irrésistibles qu’une invitation à faire le (porno) party.