Universal: la liste d’enregistrements partis en fumée s’allonge

La catastrophe de 2008 à Hollywood aurait détruit environ 100 000 enregistrements.
Photo: Kevork Djansezian?Associated Press La catastrophe de 2008 à Hollywood aurait détruit environ 100 000 enregistrements.

Bryan Adams, Nelly Furtado, The Tragically Hip, Rufus Wainwright, Buffy Sainte-Marie : la liste d’artistes canadiens dont les enregistrements originaux sont partis en fumée lors d’un incendie aux studios d’Universal à Hollywood en 2008 s’est allongée. Le New York Times, qui avait révélé au grand public l’ampleur de la catastrophe plus tôt en juin, a dévoilé mardi le nom de plus de 700 artistes dont les bandes maîtresses auraient été perdues.

Parmi les légendes de la musique américaine et internationale des années 1940 aux années 2000 dont les copies originales ont été calcinées, on compte Billie Holiday, Chuck Berry, John Coltrane, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Elton John et The Who. L’importance de la catastrophe, qui aurait détruit environ 100 000 enregistrements, avait été minimisée par Universal Music Group à l’époque.

La plus grande maison de disques au monde n’avait en effet pas pris la peine d’avertir les artistes concernés. Dans les mois ayant suivi le brasier, elle avait tout de même lancé un projet nommé « Phoenix » afin de trouver des copies des enregistrements maîtres. C’est la liste associée à ce projet qui a été rendue publique cette semaine.

Les révélations du quotidien new-yorkais n’ont pas tardé à provoquer la colère des artistes concernés. Vendredi dernier, les groupes Soundgarden et Hole, l’artiste country Steve Earle et des représentants du rappeur Tupac Shakur et du rockeur Tom Petty ont déposé une poursuite à l’endroit d’Universal. Ils l’accusent d’avoir caché sa tentative de récupération des artistes « dans l’intention de vouloir garder tout cela pour elle seule en enterrant la vérité » et d’avoir failli à son obligation contractuelle d’archiver leur musique.

Universal a déclaré que le New York Times avait « surestimé » les pertes, mais le président et chef de direction de l’entreprise a reconnu qu’il devait aux artistes de la « transparence » et des « réponses » sur les dommages causés à leurs enregistrements.

Le chanteur canadien Bryan Adams, dont une partie des archives musicales était entreposée chez Universal, a appris l’existence du feu en lisant les récentes révélations. En 2013, alors qu’il préparait une réédition de son album Reckless à l’occasion du 30e anniversaire de sa sortie, Universal avait informé son équipe que les bandes maîtresses ne pouvaient être retrouvées.

« Personne ne savait où le matériel se trouvait », a déclaré M. Adams dans un échange de courriels avec La Presse canadienne. Il semble maintenant qu’il se soit envolé en fumée.

Sur Twitter, la chanteuse américaine Sheryl Crow s’est indignée de l’histoire passée sous le radar pendant plus d’une décennie. « Mon Dieu, ça me rend malade. Pourquoi ? Et honte à tous ceux impliqués dans le camouflage », a-t-elle écrit.

« Voilà qui pourrait expliquer pourquoi personne n’arrivait à trouver les enregistrements maîtres originaux des albums d’Asia », a pour sa part gazouillé Geoffrey Downes, claviériste britannique du groupe progressif Asia.

Un porte-parole de Buffy Sainte-Marie a refusé de commenter l’affaire, alors que le gérant de The Tragically Hip a affirmé que le groupe « ferait le point sur tous ses actifs et ses bandes » avant de se prononcer.

Les bandes maîtresses sont les copies analogiques originales des musiciens travaillant en studio. Cela en fait une ressource inestimable pour les projets de restauration, les rééditions d’albums et les documents historiques.

Avec La Presse canadienne