Steve Gadd, «le meilleur batteur au monde, point final!»

Né en 1945 à New York, le batteur Steve Gadd baigne dans le jazz depuis son enfance.
Photo: Festival international de jazz de Montréal Né en 1945 à New York, le batteur Steve Gadd baigne dans le jazz depuis son enfance.

C’est Réal Desrosiers, le batteur de Beau Dommage, qui l’affirme sans hésiter une nanoseconde. Steve Gadd ? « Le meilleur batteur au monde, point final ! » Final bâton, comme on disait. Final baguettes, en l’occurrence. Il en connaît un rayon sur la question, Réal Desrosiers : avec lui, on peut discourir à l’infini sur les mérites comparés des Jim Keltner, Levon Helm, Brian Blade, Russ Kunkel, Hal Blaine, Stewart Copeland ou Ringo Starr. Parmi ces musiciens officiant derrière les peaux, plus célébrés les uns que les autres, Steve Gadd est dans une catégorie à part.

Ce qu’il vaut mieux ne pas dire au Steve Gadd en question au bout du fil, même s’il est conscient de sa valeur : « Pour moi, il n’y a pas de meilleur, ça ne veut rien dire, il y a seulement la pièce musicale, et ce qu’on y apporte. Je n’arrive pas dans une session avec mon curriculum sous le bras pour épater la galerie. Il faut jouer, être dans le moment, dans le groove, s’adapter à la situation, pouvoir changer de chapeau. C’est ce que j’aime : apporter quelque chose de moi au résultat final, mais sans me réclamer d’une quelconque “signature”. Je n’ai pas de signature, je ne sais pas ce que c’est qu’un style. » Pardi ! Il peut tout faire, tout jouer, Steve Gadd.

Tout près, tout près

On le verra, chance extraordinaire, occasion exceptionnelle, avec son propre groupe jeudi au Monument-National, dans le cadre du FIJM. On aura droit, en sa présence non ostentatoire au sein de son Steve Gadd Band, à une petite partie de la palette infinie de ses possibilités : la part jazz, ce qui est déjà tout un monde. Son monde depuis l’enfance, raconte Stephen Kendall Gadd, né en 1945 au bon moment et au bon endroit.

« C’est mon terrain de jeu, et c’est aussi de là que je viens. Je suis de New York, ça a été ma chance. Mes parents m’emmenaient dans les clubs de jazz à Rochester quand j’étais encore gamin, au début des années 1950. J’ai pu m’asseoir tout à côté de Gene Krupa et le regarder jouer. Attentivement. Très attentivement. Et puis j’ai vu Buddy Rich, Max Roach, de tellement près que je sentais le vent dans leurs mouvements. » Un peu plus et ils tapaient sur lui. Peut-être a-t-il reçu quelques coups. De quoi marquer un jeune gars. « Disons que ça te donne un swing que tu n’oublies jamais. »

Steve Gadd, l’as des as ? Les témoignages abondent, et sa feuille de route fait le tour de la planète musique plusieurs fois. On l’a vu en tournée avec les Paul Simon, Eric Clapton, James Taylor, et sur toute une série de leurs albums, mais on peut aussi l’entendre accompagnant Steely Dan, Rickie Lee Jones, Chick Corea, Chuck Mangione, Paul McCartney, Chet Baker, Dr. John, Kate Bush, B.B. King, Aretha Franklin, Joe Cocker… En voulez-vous des pages et des pages ? Des milliers de pièces roulent sur son véhicule à suspension variable. Pourquoi est-il à ce point réquisitionné ? « Son immense sens de la dynamique, explique Réal Desrosiers. Il peut passer de presque rien à une explosion sonore. » Qu’en dit l’intéressé ? « Les dynamiques, c’est comme ça que l’on partage les émotions. C’est ma manière de ressentir la musique. »

Le côté groove du cerveau

Pensons à son intro fabuleuse qui vire en shuffle souple dans Chuck E.’s in Love, ou ses roulements si subtils et bondissants dans Fifty Ways to Leave You Lover, ou encore, moins évoquée d’office, son jeu tout en leste backbeat dans Guilty, le duo Barbra Streisand-Barry Gibb (merci encore à Réal pour la référence). « Je suis assez content de ce que j’ai fait dans cette chanson, et je comprends que l’on puisse s’en inspirer : je suis comme ça aussi, j’entends la batterie d’abord, et le reste s’intègre ensuite. Je n’entends pas vraiment les paroles, ce n’est pas cette partie-là du cerveau qui fonctionne. C’est une chanson vraiment bien composée, Guilty, et il y a des contretemps intéressants. »

Le but demeure le même : faire paraître naturel le jeu, quel que soit le degré de complexité. « Que ce soit en jazz, en pop, en rock, c’est pareil pour moi : il se passe quelque chose d’intangible entre les musiciens, la chanson et la mélodie, en studio comme sur scène, tu le sens quand tu joues, et seulement quand tu joues. Ça ne s’explique pas. » Jeudi, avec Jimmy Johnson, Kevin Hays, Michael Landau et Walt Fowler, il sait quels morceaux ils joueront, mais pas grand-chose d’autre : « Il va exister quelque chose qui n’existait pas avant, et qui n’existera jamais plus. Comme chaque fois que l’on joue. C’est ça, la joie de la musique. » Le savoir-faire à la rencontre de l’inconnu, sans perdre les chansons de vue. « Quelque chose comme ça…. »

The Steve Gadd Band

Au Monument-National, le jeudi 27 juin à 20 h