Un concept judicieusement éclairé

Le comédien Renaud Paradis se montre très à l’aise.
Photo: Guillaume Lamothe Le comédien Renaud Paradis se montre très à l’aise.

Le festival Montréal baroque 2019 était placé sous le thème de la sprezzatura, mélange de nonchalance et de détachement feint, attitude des courtisans dans l’Italie du tournant du XVIe siècle conceptualisée par Baldassare Castiglione (1478-1529). Ce qui est complexe devait apparaître facile ou aller de soi, dans l’art, le chant, le maniement des armes. Le courtisan (Il cortegiano) doté de sprezzatura se la jouait « cool ».

Fidèle à sa tradition d’inventivité et de créativité, Montréal baroque a choisi pour son concert de clôture un concept pertinent de Jean-François Daignault, directeur musical et artistique de l’ensemble vocal Alkemia. Les cinq chanteurs d’Alkemia arrivent dans le théâtre comme pour une répétition, jouent avec leur téléphone et chantent un madrigal à 5 de Marenzio comme si de rien n’était. Arrive un comédien qui, sous prétexte de préparer une audition à Paris pour un film sur Castiglione, se fait enseigner les principes développés par celui-ci. La maîtrise du chant est matérialisée par un motet de Josquin des Prés, dont la présence ici s’explique par sa dédicace au duc d’Urbino, de la cour duquel Castiglione était un éminent membre.

Le rideau s’ouvre ensuite pour laisser apparaître les autres protagonistes : les instrumentistes de Flûte alors ! et de la Bande Montréal baroque, ainsi que les quatre danseurs des Jardins chorégraphiques, compagnie menée par Marie-Nathalie Lacoursière, scénariste et metteuse en scène du projet. Les airs entraînants du danseur Cesare Negri, qui a documenté les danses du Cinquecento, ponctuent alors le spectacle et vont le conclure.

De fil en aiguille, l’excellent Renaud Paradis, à l’aise à l’épée autant que dans la chanson J’ay pris amour, se forme aux diverses disciplines, ponctuées de musiques savamment choisies. Seule une chanson de Binchois apparaît un peu incongrue sur le plan du style, mais elle s’enchaîne bien avec ce qui précède et introduit la suite du spectacle.

Comme le spectacle de l’Orchestre de l’Agora sur Lorenzo Da Ponte, qui aura une seconde vie en clôturant le Festival Orford, ce Cortegiano, réunissant diverses forces vives du milieu baroque, montrait que l’on peut mélanger érudition et décontraction avec un haut niveau de qualité musicale pour un spectacle à la fois éclairant, didactique et divertissant.

Il Cortegiano

Concert de clôture du Festival Montréal baroque. Oeuvres de Marenzio, Fogliano, Des Prés, Caroso, Negri, Dufay, Caccini, Corvesi, Ciconia, Binchois, Balsamino et A. Gabrieli. Renaud Paradis (comédien), Ensemble Alkemia, Flûte alors !, Bande Montréal baroque, Les Jardins chorégraphiques. Concept : Jean-François Daignault. Mise en scène et scénario : Marie-Nathalie Lacoursière. Théâtre Le Château, dimanche 23 juin.