Vivaldi à bras-le-corps

Jolle Greenleaf, soprano, de l’ensemble new-yorkais Tenet Vocal Artists, et Matthias Maute, chef d’orchestre et co-directeur du Festival Montréal baroque
Photo: Guillaume Lamothe Jolle Greenleaf, soprano, de l’ensemble new-yorkais Tenet Vocal Artists, et Matthias Maute, chef d’orchestre et co-directeur du Festival Montréal baroque

Le Festival Montréal baroque s’est ouvert jeudi et se tiendra jusqu’à dimanche dans la Petite Italie. Très réverbérante, l’église Notre-Dame-de-la-Défense peut simuler acoustiquement un petit San Marco, effet utilisé par Matthias Maute dans les sonneries de cuivres de Girolamo Fantini et à trois reprises dans le Gloria de Vivaldi lorsque des choeurs fournis, placés sur les côtés, font écho à l’ensemble vocal Arts-Québec, un groupe à quatre chanteurs par voix, qui s’est montré excellent tout au long de la soirée, avec une belle homogénéité des pupitres, des couleurs intéressantes et une bonne flexibilité. On a aussi noté la superbe imbrication de longues lignes vocales dans le « Et in terra pax » du Gloria.

Un décalage par rapport au thème

Le programme devait illustrer la sprezzatura veneziana. Comme nous l’avons vu dans Le Devoir samedi dernier, la sprezzatura (nonchalance), consiste essentiellement à faire paraître simples ou anodines des choses ou réalisations difficiles ou complexes. Il s’agit de bien préparer quelque chose qu’on laisse penser être spontané, improvisé, facile… C’est une sorte de détachement. Nous écrivions, samedi : « En musique, c’est Giulio Caccini qui, dans la préface de Le Nuove Musiche, a repris le terme lui-même, parlant de la “nobile sprezzatura di canto”. Il décrit ainsi ses airs d’opéras parés d’une légèreté dénuée d’effort apparent. »

Il était sans doute important d’introduire dès le premier concert le terme qui sert de thème au festival, mais il n’y avait pas de sprezzatura dans le programme, et de tous les musiciens d’ici, Matthias Maute est sans doute le moins « sprezzaturesque », si j’ose dire, puisque, au contraire, il cultive une manière très visible et physique d’en découdre avec la musique à travers des tempos vifs, des accents marqués et des articulations très découpées.

Si la personnalité musicale du chef ne colle pas au thème, elle convenait bien aux élans vivaldiens et assimilés (Heinichen est une sorte de Vivaldi du Nord), d’autant que le programme était fort bien articulé entre oeuvres vocales et orchestrales. À noter que pour le Magnificat RV 610, Maute a présenté la version originale avec solistes. On connaît des versions RV 610 a et b pour choeur ou double choeur, et surtout une version RV 611 éditée par Vittorio Negri et largement diffusée dans le dernier quart du XXe siècle. C’est notamment celle qui avait été celle enregistrée par Riccardo Muti en complément du Gloria.

Outre le choeur et un orchestre très ardent dans la traduction de la mordante articulation, on retient, parmi les solistes, le très remarquable contre-ténor Timothy Keeler de l’ensemble Tenet Vocal Artists, qui mériterait de revenir chanter le Stabat Mater. Excellente prestation des autres solistes, mais curieuse technique de Jolle Greenleaf en soprano II qui poussait ses notes, face à un placement vocal beaucoup plus haut de Molly Quinn.

Autre curiosité : le discours de bienvenue du codirecteur artistique Matthias Maute a été un appel au public à des dons de 25 000 dollars à divers organismes. En prélude au Magnificat de Vivaldi, le chef a même expliqué des histoires de déductions fiscales, considérant possiblement que le taux d’imposition de tout un chacun était de 53 % et que le salaire moyen au Québec avait explosé. Chacun jugera si c’était le lieu et le moment.