Esja, Hania Rani

Un premier album comme Esja se célèbre. Fluide, harmonieux, très intuitif, il nous habite aussitôt — et, après, il se fait aussi insistant qu’un aimant. C’est d’autant plus étonnant que la musicienne polonaise Hania Rani, une habituée des projets et des collaborations, n’avait pas prévu de produire un album solo, pas plus que de le consacrer au piano. Mais ses bases en musique, classiques, se sont naturellement imposées. Esja incarne ainsi pour la jeune compositrice une étude de ce qui la fascine et la constitue — les sons, les harmonies, leur langage capable de traduire une partie du monde. Enregistrées à la fois dans un studio en Islande et dans son appartement de Varsovie, ces dix pièces sont un ravissement de rythmes et de climats ; leur rondeur grave rappelle parfois Nils Frahm, les séquences répétées ont un écho de Max Richter. En mêlant une organisation serrée et une liberté de mouvement, Hania Rani exprime brillamment la tragédie, la résilience, la volupté, parfois dans une même pièce (Eden). Que sa main ne perde jamais cette grâce.

 

Esja

★★★★
Néoclassique

Hania Rani, Gondwana Records