Lydia Képinski: gros malaise, version remix

Lydia Képinski a frôlé la ligne du mauvais goût, feignant un malaise en plein concert, elle est revenue toute pimpante sans mot dire.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Lydia Képinski a frôlé la ligne du mauvais goût, feignant un malaise en plein concert, elle est revenue toute pimpante sans mot dire.

« Toute personne assise sera éliminée », pouvait-on lire sur des feuilles jaunes éparpillées dans le Club Soda. Apparemment déposées là par Lydia Képinski. C’est quand même son genre de provoc sympa. Son message en court : merci de participer.

Clairement, Képinski n’avait pas envie de la jouer prudente pour son concert des Francos en plateau double avec le Français Flavien Berger. Déjà, la jeune chanteuse avait installé une passerelle qui s’avançait sur le parterre, petite bravade d’une artiste alternative qui fait siens les codes des gros concerts. Que dire de son arrivée juchée au balcon, même combat qui réjouit et qui fait sourire.

Mais les irritants allaient se révéler quand même nombreux par la suite. Déjà, si l’éclairage peinait à suivre Képinski, la sonorisation de sa voix était cruellement faible, tellement qu’on entendait davantage les accompagnements préenregistrés que le chant principal. Ce qui reste hors de son ressort.

Après un début assez fort en bons titres avec Les routes indolores — et son clin d’œil aux Cités d’or —, Premier juin et la « pieddepoulesque » Maïa, Lydia Képinski a entamé la plus calme Belmont. Tout à coup la voilà au sol, en petite boule, avant qu’un, puis deux, puis trois techniciens montent sur scène pour vérifier son état. Le plus costaud la prend dans ses bras, et sort la chanteuse de scène.

Consternation dans la foule. Les lumières s’allument, le public chuchote, s’inquiète. De longues minutes passent. Blessure ? Baisse de pression ? Plutôt un malaise planifié. Une mise en scène pour permettre au spectacle de prendre un nouveau visage.

Bien sûr, on dit oui à l’audace, oui à la provoc, oui au fait de faire tomber les codes. Reste que là, si la ligne du mauvais goût n’a pas été franchie, on était drôlement proche. D’autant que cette rupture permettait surtout à Lydia Képinski — revenue toute pimpante sans mot dire — de mettre de l’avant les versions remixées de son répertoire qu’elle a fait paraître il y a deux semaines.

Une chanson électronique avec le beat dans le tapis. Puis une autre, et une autre et une autre. Le Club Soda de Képinski devenu piste de danse pendant qu’elle se déhanche sur la passerelle ? Va pour quelques minutes, mais là on était loin de ce qu’elle a de meilleur à nous offrir. D’autant qu’au final, la musicienne a ainsi livré des doublons de trois de ses morceaux.

Quelque part, le concert est déjà un espace pour revisiter ses chansons. Pourquoi alors mettre autant l'accent sur ces versions électros, étirées et au final moins poignantes que les originales ?

D’ailleurs, quant au rappel, Képinski a livré Andromaque, une pièce tirée de son tout premier mini-album, c’est comme si quelque chose se libérait enfin. Une force évocatrice, une force mélodique, qui n’était pas enfouie dans des beats — que l’on sait bien sûr apprécier le temps venu. Va pour le fait de ne pas rester assis, mais il faut savoir se tenir debout.

Flavien Berger

En ouverture de ce plateau double, le coloré français Flavien Berger était seul avec ses différentes machines synthétiques pour présenter sa musique un peu éparpillée. Quelque part entre le comique, l’insolent et le pince-sans-rire, le chanteur a livré une sorte de théâtre expérimental musical, où il enchaînait et superposait les boucles de sons.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le chanteur Flavien Berger

Volontairement proche d’une musique 8 bits — pensez au vieux Nintendo — Flavien Berger ne séduit pas par sa virtuosité ni par son charisme. N’est pas Philippe Katerine qui veut, et on a bien laissé filer quelques soupirs lors de ses prises de parole entre les chansons.

Mais Berger, persévérant, est parvenu à nous garder captifs grâce à de petits je-ne-sais-quoi. Peut-être parce que les ruptures dans les titres nous gardaient sur le bout de notre chaise. Peut-être parce que, comme sur Leviathan ou Maddy la nuit, les morceaux devenaient presque house, transformant le Club Soda en nightclub (avec un bon dosage, précisons). Peut-être parce que ses jolies dérapes faisaient quand même sourire — cette Deadline robotique mutée en air quasi irlandais puis en classique, avant d’être replongée dans ses pantoufles pop électroniques. Son duo avec Képinski en fin de parcours méritait aussi d’être souligné.