Bulletin météo sur Radio libre Fakoly

Tiken Jah Fakoly déplore, sur «Le monde est chaud», aux sonorités africaines et reggae, que le monde soit en proie à des dérèglements catastrophiques, face auxquels il ne peut être que simple spectateur.
Photo: Issouf Sanogo Agence France-Presse Tiken Jah Fakoly déplore, sur «Le monde est chaud», aux sonorités africaines et reggae, que le monde soit en proie à des dérèglements catastrophiques, face auxquels il ne peut être que simple spectateur.

« Le monde a chaud », chante Tiken Jah Fakoly sur son nouvel album studio, Le monde est chaud, son dixième. L’Ivoirien a une nouvelle flèche dans son carquois : la lutte contre les changements climatiques, cette question qui brûle les lèvres et inonde les riverains. Pas un thème très original par les temps qui s’échauffent, dites-vous ? Bien au contraire : ce débat ne laisse justement pas assez entendre la voix des peuples africains.

« On pollue moins, mais on a aussi envie de nous développer, sauf qu’on ne peut pas emprunter le même chemin qu’ont pris les pays occidentaux pour y arriver. Nous sommes doublement victimes », relève la star africaine du reggae, en concert mardi soir au MTelus.

Bilan de vie

Tiken Jah Fakoly est aussi aujourd’hui bibliothécaire. Un peu à cause de ses fans. « Je commençais à recevoir des messages de mes fans me reprochant de m’être éloigné du son que j’avais à mes débuts », raconte le musicien résident de Bamako, au Mali, mais joint à Paris. Pour ce premier album en quatre ans, il a senti le besoin de revenir à la source. « Donc je suis retourné à Abidjan et j’ai monté un nouveau studio, dans un bâtiment que j’appelle “l’ambassade rastafari” », située dans le quartier populaire de Yopougon.

Un studio d’enregistrement complet, deux salles de répétition, un studio de radio (Radio libre Fakoly, au 98,2 FM) « et une bibliothèque reggae, la première du genre en Afrique. Et j’ai enregistré cet album avec de jeunes Ivoiriens », dont le réalisateur Akatché, associé de près à la scène rap ivoirienne. « Il a mis son énergie et sa jeunesse dans l’album », que Fakoly dit être le produit « d’une période de galère ».

Vous savez, avant, quand j’étais dans le ghetto, j’avais cette facilité à composer, à être inspiré. Et bon, lorsqu’on est connu, on perd un peu de ça… Que j’aie traversé ces moments difficiles m’a porté vers la réflexion et donné beaucoup d’inspiration. C’est un peu le résultat des thèmes abordés sur cet album . Mais effectivement, 50 ans, c’est l’âge où on atteint sa maturité, le moment de faire un bilan de sa vie. On dirait que l’album Le monde est chaud est le résultat de tout ça.

« Durant les quatre années durant lesquelles je n’ai pas sorti d’album, j’ai traversé des moments difficiles sur le plan privé, et tout ça m’a beaucoup inspiré », explique le jeune cinquantenaire (il aura 51 ans la semaine prochaine). « Vous savez, avant, quand j’étais dans le ghetto, j’avais cette facilité à composer, à être inspiré. Et bon, lorsqu’on est connu, on perd un peu de ça… Que j’aie traversé ces moments difficiles m’a porté vers la réflexion et donné beaucoup d’inspiration. C’est un peu le résultat des thèmes abordés sur cet album — l’environnement, l’immigration, ou encore cette défense du continent africain que je poursuis. Mais effectivement, 50 ans, c’est l’âge où on atteint sa maturité, le moment de faire un bilan de sa vie. On dirait que l’album Le monde est chaud est le résultat de tout ça. »

Haut-parleur de tout un continent

Depuis le disque Mangercratie, paru en 1996, Tiken Jah Fakoly n’a cessé de militer pour l’unité africaine, pour la renaissance du continent, dénonçant au passage les peuples colonisateurs qui tiennent encore en otage le peuple africain. Disque après disque après disque, il dénonce les corrompus de son continent et du reste de la planète. Question en forme de bilan de vie : vos chansons ont-elles porté des fruits ? L’Afrique se porte-t-elle mieux depuis le début de votre carrière ?

« Bon… », commence l’Ivoirien, en faisant une pause pour réfléchir. « Je ne dirais pas que l’Afrique se porte mieux, mais je peux dire que les choses avancent doucement. Surtout depuis l’arrivée des réseaux sociaux : on exerce plus de surveillance sur la manière dont nos dirigeants gèrent nos pays, sur la manière dont se comporte la société [africaine]. Je pense qu’aujourd’hui, la jeunesse africaine est plus éveillée qu’hier. »

« Je pense que le message [que je diffuse] sert à quelque chose, enchaîne-t-il. Je parlais des réseaux sociaux, mais le reggae est considéré comme une musique de combat, nous [musiciens reggae engagés] avons donc contribué à la promotion de la démocratie, et de la liberté d’expression : dans nos chansons, on dit des choses qui sont souvent interdites sur le continent, on aborde des questions considérées comme taboues. Ainsi, le peuple se dit : “ Si quelqu’un peut chanter ça en reggae, nous avons aussi le droit d’en parler. ” »

Il délie les langues, le reggae — une musique d’ailleurs récemment reconnue par l’UNESCO comme faisant partie du patrimoine immatériel mondial, rappelle Tiken Jah Fakoly. Ça mérite une bibliothèque !

« Vous savez, je dis toujours que l’Afrique est dans un processus normal. Ça fait seulement une cinquantaine d’années que le continent a été libéré de la colonisation, la plupart des pays d’Afrique ayant accédé à l’indépendance dans les années 1960. Donc nous sommes de jeunes pays, un continent qui ne fait que démarrer, contrairement au Canada et aux États-Unis, par exemple. »

Tiken Jah Faloly sera au MTelus à Montréal, mardi, 21h et à l'Impérial de Québec, jeudi, 20h.