Vingt ans de Marc Déry en une heure et demie

Entre ses nouvelles chansons et ses classiques, Marc Déry s'en est donné à cœur joie lundi alors qu'il célébrait ses 20 ans de carrière aux Francos de Montréal.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Entre ses nouvelles chansons et ses classiques, Marc Déry s'en est donné à cœur joie lundi alors qu'il célébrait ses 20 ans de carrière aux Francos de Montréal.

II a fallu exactement douze secondes. Et tout le monde chantait Poisson d’avril avec Marc Déry. Il y a trop de réverbération, la voix est un peu éraillée. Pas grave. On se retrouve. « J’pense que j’vas t’faire un kid », chante-t-il. Si tous ses fans d’il y a 20 ans ont eu le réflexe mimétique, ça se peut qu’une progéniture de gars et de filles de 19 ans et trois mois vive une drôle d’expérience commune.

« T’es où ? » scande-t-il. Eh bien, on est là, de retour. Toutes générations alliées. C’est rassembleur par définition, du Marc Déry. Le reggae-rock de T’es où fait très The Police : je me rappelle avoir écrit au temps de Zébulon que Marc Déry était notre Sting. Charmant et cool, et fabuleusement doué. « Une toute nouvelle toune pour vous autres… » Et Atterrisage, la chanson-titre, décolle, nous survole. C’est très volontairement beatlesque, pas mal Sexy Sadie dans le groove. « Moi, je trouve que nous deux, ça sonne… » Oh, le chouette album que ça nous annonce ! « Viens dans ma chambre », propose l’impénitent séducteur. « On va s’étendre… » Il y a pas mal d’étendus et d’étendues sur le gazon, mais la chambre est à ciel ouvert.

Bel endroit pour un show qu’on a envie d’inhaler, que ce parc ceinturé par des rues et des boulevards, De Montigny, Clark, Saint-Urbain, De Maisonneuve. Ce n’est pas bucolique, mais un peu oasis dans le centre-ville. Voilà un premier invité, avec lequel Marc a écrit une chanson en innu : Florent Volllant. Les copains ravivent Ninanu, blues-rock bien lesté.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Florent Vollant et Marc Déry ont chanté Ninanu pour l'occasion.

Préférées et nouveautés en alternance

« Une nouvelle… qui s’appelle Le vent dans le cou », nous informe le chanteur, qui saisit décidément ces retrouvailles pour afficher ses couleurs les plus fraîchement peintes. L’arrangement est plutôt pop-électro, avec des percussions très centrales dans le mélange (gracieuseté d’Alain Quirion, l’indécollable et formidable acolyte de Zébulon).

La cabane à Félix balance comme on balançait quand on en avait imbibé du pur Haight-Ashbury au Golden Gate Park à l’été 1967. Même à jeun en 2019, ça fonctionne : la musique suffit. Marc était tout gamin en 1967 ; Marie-Pierre Arthur, son invitée, était toute petite quand la chanson a exhalé ses effluves, il y a vingt ans, sur le premier album solo de Déry. Ça ne l’empêche pas d’ajouter son groove au groove de Marc, ce qui fait beaucoup de groove.

Le soleil se couche, la musique est tendre et caressante. Marie-Pierre et Marc partagent À la figure, chanson-titre du troisième album, pas la chanson la plus connue, mais l’une des plus touchantes du parcours solo de notre héros.

Tiens, une autre nouveauté. Ça fait résolument partie de la célébration : exister aujourd’hui et demain, et après-demain. Elles sont toutes passionnantes et envoûtantes, ces nouvelles chansons. « J’ai toute faite pour scrapper mes amours », constate-t-il dans une autre. On a très hâte à l’album, du coup. C’est le but.

Spectacle de jour, spectacle de nuit

C’est l’heure molle. La noirceur tombe, c’est presque trop cool groove, il y a un creux d’énergie. « Il y a vingt ans, j’écrivais une chanson sur l’homophobie. Vingt ans après, ça s’est pas tellement arrangé. » Et Marc Déry de revisiter Bon bord, hélas pertinente comme au premier jour. Il fait noir maintenant. Enfin, noir comme au centre-ville, noir avec des brillants. L’intensité monte de plusieurs crans à la chanson suivante, c’est ça aussi la noirceur en ville, ça réveille. Marc baptise une autre nouveauté, écrite pour sa fille Alice, qui rejoint son papa pour le refrain. Cadeau de fête des Pères.

Ariane Moffatt, émue, vient chanter Le monde est rendu peace avec celui qui fut son premier mentor. Belles, belles harmonies, ça se marie plus que naturellement, ces timbres. Ça s’entrelance pareillement dans Depuis qu’on se connaît, avec emprunt à Walk on the Wild Side en point d’orgue. Tous les invités reviennent sur scène pour entonner Ostie qu’y se lève tard avec la foule. Ça vire au party : Marc fait l’Elvis pour All Shook Up. Ça aurait pu durer longtemps : dommage, tiens. À la revoyure, Elvis Déry.