Sur scène, Ariane Moffatt en a plein les mains

Même seule au piano comme à La Chapelle en 2017, Ariane Moffatt remplit l’espace. Elle «groove» intense, elle déploie son univers, son don d’elle-même n’est jamais économe.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Même seule au piano comme à La Chapelle en 2017, Ariane Moffatt remplit l’espace. Elle «groove» intense, elle déploie son univers, son don d’elle-même n’est jamais économe.

Le spectacle d’ouverture des Francos et celui de la Saint-Jean-Baptiste sur les Plaines : on a offert le grand doublé à notre championne du groove, et elle va en profiter. Intensément. Entrevue fébrile.

Elle a le plus beau rire étouffé du Mile End, du Québec, de la planète, Ariane Moffatt. Quand nous lui disons que ça nous semble un peu limitatif comme étiquette, « néo-soul-disco-pop-électro-funky show des Francos », pour rendre compte de ce qu’elle proposera en spectacle d’ouverture ce vendredi sur la grande scène de la place des Festivals, elle pouffe. Et pouffe et pouffe, que c’en est un bonheur.

« Oui, vraiment ! » s’exclame-t-elle entre deux hoquets. « Je me vends à rabais, au fond ! Ça va être pas mal plus que ça ! » Elle s’esclaffe en pouffant, ce qui n’est pas rien, mais pas non plus la moitié de ses capacités. « Une occasion comme ça, tu ne fais pas juste la saisir, tu l’embrasses, tu lui ouvres les bras ! » À pleines « petites mains précieuses », comme dit le titre de son plus récent album, tout aussi illimité, aussi dansant qu’introspectif, aussi immense qu’intime.

Le désir de la densité

« J’avais cette envie de densité d’arrangements, de richesse des sons, de musiciens exceptionnels et nombreux avec moi. Oui, il y aura de l’électro, oui il y aura des séquences, mais je voulais un five-piece brass section et je l’aurai, et des cordes et des percs [percussions] et des choeurs, le plus de mains précieuses possible. Y aller à fond, parce qu’on peut. Je referai probablement jamais un show de cette envergure-là, considérant ce qu’est devenue l’industrie du spectacle, alors quand on te dit “go” pour quelque chose de gros, tu te dis “go go go” ! »

La transe que tu vis quand tu es sur scène, c’est jamais du souvenir. Tout ce que j’ai vécu aux Francos, pour moi, est au présent.

 

Même seule au piano comme à La Chapelle en 2017, elle remplit l’espace, Ariane, elle groove intense, elle déploie son univers, son don d’elle-même n’est jamais économe. Mais quand on a les neurones qui font « bzzzt bzzzt » parce que trop de sons, trop d’idée, trop de musiques s’y cour-circuitent, faut bien que ça sorte, ou alors c’est l’implosion. « Imagine le flot quand tu m’ouvres une fenêtre ! » Pouffe, Ariane, pouffe. « Imagine quand je peux avoir toute ma gang, toute ma famille de musique avec moi ! » Joseph Marchand, Philippe Brault, Alex McMahon, les alliés de toujours, et les alliés des alliés aussi : « On a grandi dans l’amour de la musique, et on a fait des petits ! »

Famille de musique

C’est l’usufruit de presque deux décennies de connivence : on peut voir grand sans enflure, chatouiller les pieds de la démesure en sachant qu’on a les pointures pour tout chausser. Ariane a ainsi pu donner à chacun son espace : « Y a pas juste moi qui définis tout. Les arrangements des pièces ont été faits par différentes personnes dans le band. Philippe en a pris quelques-uns, surtout des chansons du nouvel album ; Alex a pris Miami ; Joseph en a fait un premier sur La main ; Jean-Nicolas Trottier, qui est à la tête des brass, a ramassé d’autre stock… C’est la nouveauté du show : il y a plus d’amplitude parce que le band est impliqué. Ça reste dans nos couleurs, mais c’est pas le même qui avait tout à faire en amont. »

Car il s’agissait de bien gérer l’affaire : Ariane Moffatt sera dans quelques petits jours au coeur du spectacle de la Fête nationale, avec Pierre Lapointe. « C’est fou de mener ça de front, mais le fun est proportionnel. Écoute, à la Saint-Jean, je chante avec Martine St-Clair ! Je fais Animal avec France D’Amour ! C’est comme un karaoké, mais avec les vraies personnes. Je capote ! » Elle ne pouffe plus, elle éclate de rire, incapable de se contenir. « Mais ça, c’était la répétition de mercredi. Là, dans ma tête, je pense juste au show d’ouverture de vendredi. Faut que je me concentre ! »

De transe en transe

Tout ça cohabite dans sa tête, déjà pleine de musique. Ça frise la saturation. « J’ai fait un rêve au début de la semaine. J’étais en générale devant public pour le show des Francos, mais partout sur scène, il y avait des drapeaux du Québec… » Ariane laisse échapper un petit rire nerveux qui en dit long. « Ça parle de ce que j’anticipe dans les prochains jours. Les expériences vont être vraiment différentes, mais la musique, dans la tête, ça se mélange tout le temps… »

Impossible de ne pas évoquer sa première fois aux Francos, du temps que c’était les FrancoFolies. Une fin d’après-midi sur la grande scène de la Catherine, à une époque où il n’y avait ni place des Festivals, encore moins Quartier des Spectacles. C’était au début d’août 2002, la chaleur déformait le bitume, une vapeur moite s’élevait, et Ariane baignait dans l’aquarium avec les chansons d’Aquanaute, ce premier album qui semblait fait pour exister précisément à cette heure-là. « Moment de félicité sudoripare », avions-nous écrit en ces pages. « Chaque fois qu’on me parle des Francos, je revis ce moment-là. Cet après-midi-là, cette scène-là, cette première rencontre avec le public… Je retourne toujours me connecter sur cette mise au monde professionnelle. Je la sens encore dans mon corps, la chaleur : c’est imprégné, ça part pas au lavage ! » Franche rigolade pas nostalgique. « La transe que tu vis quand tu es sur scène, c’est jamais du souvenir. Tout ce que j’ai vécu aux Francos, pour moi, est au présent. »

Ariane Moffatt présente le grand spectacle d’ouverture des Francos, à 21 h vendredi, place des Festivals, et coanime le spectacle de la Fête nationale sur les plaines d’Abraham, le 23 juin.