Lungbutter présente «Honey» 

Le «power trio» n’a rien de minimaliste, gonflé à bloc par le jeu précis et appuyé de Joni Sadler (à droite), le ton narquois et la voix suave de Ky Brooks (au centre) et les sons massifs, malléables, incroyables, de la guitare de Kaity Zozula (à gauche).
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le «power trio» n’a rien de minimaliste, gonflé à bloc par le jeu précis et appuyé de Joni Sadler (à droite), le ton narquois et la voix suave de Ky Brooks (au centre) et les sons massifs, malléables, incroyables, de la guitare de Kaity Zozula (à gauche).

Un petit cours de vocabulaire underground pour débuter : qu’est-ce que c’est que ce mot, Lungbutter ? Ky Brooks sourit en regardant ses collègues et saute sur la réponse : « C’est une espèce de mot de code de “poteux” qui veut dire “sécrétion”. Comme ce qui est sur tes poumons quand tu tousses. » Joni Sadler reprend : « C’est une blague ! On aimait bien l’idée d’avoir un nom qui sonne comme celui d’un faux groupe stoner rock… Le pire, c’est qu’il y a plein d’autres groupes qui ont déjà pris le nom Lungbutter. » « Surtout des groupes hard rock et métal », enchaîne Kaity Zozula. « Il y en avait un à Montréal avant nous, notre ami Nick Kuepfer jouait dedans », le Kuepfer du défunt groupe noise rock AIDS Wolf, qui fait partie de la tribu musicale dans laquelle évolue le trio Lungbutter.

Tant pis pour les autres, le nom Lungbutter leur appartient désormais. C’est grâce à Honey, le premier album du trio noise-punk lancé il a deux semaines, rien de moins que le meilleur album rock de l’année jusqu’ici et dont le matériel sera proposé sur scène le 15 juin à la Sala Rossa, à l’affiche du Suoni Per Il Popolo.

Un petit paquet de nerfs

Quelle défoulatoire claque, ce Honey ! « C’est cathartique de jouer de la musique à plein volume », soutient la batteuse Joni Sadler. Le power trio n’a rien de minimaliste, gonflé à bloc par le jeu précis et appuyé de Sadler, le ton narquois, la voix suave et théâtrale de Ky Brooks et les sons, massifs, malléables, incroyables, de la guitare de Kaity Zozula, qui dégoulinent des haut-parleurs. Un jubilatoire délire punk recouvert d’une grosse couche de mucus sludge metal.

Ces sons de guitare ! C’est quoi ton secret, Kaity ? « Une pédale de basse Big Muff [de la compagnie Electro-Harmonix] branchée dans un ampli de basse dont le signal est en partie redirigé dans une autre pédale de guitare, elle-même envoyée dans un autre ampli de guitare bien musclé. » Elle fait tout, Kaity, les sons de basse et de guitares, tout ça avec sa seule Gibson SG « accordée autrement, avec deux grosses cordes en haut et trois petites, tout ça résonne différemment ».

Vous dire le plaisir que procure cet album en forme de petit paquet de nerfs de trente-trois emballantes minutes. Le plus beau là-dedans, c’est qu’aussi massives et abrasives que puissent être ces chansons, il n’y a pas une once d’agressivité dans le son. La remarque fait plaisir à Ky : « J’ai parfois l’impression que les gens [qui écoutent notre musique] décèlent de la colère, et c’est un peu frustrant. » Joni intervient : « On n’est pas des personnes fâchées ! » insiste-t-elle en riant.

Le groupe s’est formé il a près de six ans, après que Joni, originaire de la banlieue de Victoria, a posé ses pénates à Montréal. Kaity a grandi en Alberta, les parents de Ky ont quitté la Norvège pour aller s’installer près d’Ottawa, du côté québécois de la frontière. Le travail et les études, ici, ont fait croiser leurs chemins. « On a joué dans différents groupes, mais pour moi, c’est le projet qui me stimule le plus », dit Ky, dont la voix comporte une pointe de cynisme qui rappellera Patti Smith dans ses passages plus récités (pardonnez la comparaison facile !) et donne constamment une impression de second degré dans le texte, « très inspiré par la poésie et la littérature », celle de l’iconoclaste auteur de science-fiction Henry Darger, notamment, « un véritable outsider artist ».

Lungbutter ne sonne comme personne d’autre sur la scène rock expérimentale québécoise, mais au jeu des comparaisons, on croirait retrouver le son et la posture des vénérables Melvins, eux aussi adeptes du sludge metal. « Absolument ! » s’exclame la guitariste. Les gros sons de guitare, les structures de chansons anormales, « les changements de rythmes et de tempos dans une même chanson… », renchérit la batteuse. « The Melvins est évidemment un groupe plus métal [que le nôtre], mais [ses membres] aiment aussi mélanger les gros sons de guitare avec une attitude un peu campy, un peu débile, ajoute Kaity. J’assume totalement comment un son de guitare trop gras et trop gros peut devenir complètement stupide ! » « On rend ça totalement clair que lorsqu’on donne un concert, on est là pour avoir du plaisir, sans trop se prendre au sérieux », dit encore Joni en riant. À voir le 15 juin prochain, avec Fly Pan Am et Philippe Vandal, entre autres joyeux lurons.