Un rare requiem à Montréal

Le chef et directeur artistique du Chœur classique de Montréal, Louis Lavigueur
Photo: ?Pierre Etienne Bergeron Le chef et directeur artistique du Chœur classique de Montréal, Louis Lavigueur

Pour ses 30 ans, le Choeur classique de Montréal aborde une oeuvre fort rare : le Requiem du compositeur russe d’origine polonaise Osip Kozlovsky. Le concert sera présenté samedi soir à la Maison symphonique.

Qui est Osip Kozlovsky ? Les mélomanes allemands le connaissent sous le patronyme Józef Kozłowski, alors que son prénom russifié s’orthographie aléatoirement Osip, Ossip ou Iosif !

D’origine polonaise, son parcours le mena à émigrer en Russie pour devenir superviseur de la musique à la cour impériale des tsars. Au départ, Kozlovsky est un contemporain de Mozart, puisque né en 1757. Il oeuvre comme professeur de musique de la haute société polonaise, et compose de la musique d’agrément, des polonaises évidemment. Engagé dans la guerre contre les Turcs avec les Russes, il est remarqué par le prince Grigory Potemkine (premier ministre et stratège qui donna son nom au cuirassé cent ans plus tard) qui l’introduit à la cour à Saint-Pétersbourg.

De son émigration en 1786 à sa mort en 1831, Osip Kozlovsky fera carrière dans la capitale impériale, composant des musiques pour les fêtes à la cour, des polonaises (dont une utilisée par Tchaïkovski dans la scène de bal de l’opéra La Dame de pique), des musiques de scène et des oeuvres religieuses.

Le Requiem lui est inspiré par la mort, en 1798, du roi de Pologne Stanislas II. Contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, il n’y a aucunement encore, à cette époque, de « musique russe » ou d’« expression de l’âme russe », les musiciens de cour étant alors principalement influencés par la musique italienne. Kozlovsky ajoute, clairement, une culture classique solide (Mozart, Haydn).

Par contre, le Requiem de Kozlovsky n’est pas une rareté comme les autres, car comme le Requiem de Gossec (1760), en France, qui inspira Mozart, il semble anticiper certaines tendances musicales ultérieures. Difficile de penser, à l’écoute du solo de basse du Confutatis, que nous sommes plus de 30 ans avant le Stabat Mater de Rossini !

Rareté

Du point de vue de l’esthétique, on serait donc dans une sorte de Mozart-Haydn italianisant un peu grandiloquent, voire préberliozien, ce qui donne une mixture assez originale qui peut valoir le détour pour les curieux qui « collectionnent » la connaissance des requiems rares. Celui de Kozlovsky a été enregistré une fois sur étiquette Melodiya.

Samedi, le Choeur classique de Montréal et les musiciens de l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal seront associés à des solistes venus de Moscou : les sopranos Svetlana Polyanskaïa et Ekaterina Kudriavtseva, la mezzo-soprano Anna Kholmovskaia, le ténor Konstantin Stepanov et la basse Alekseï Komarov.