Hao Zhou remporte Violon 2019

Hao Zhou a été couronné gagnant du concours Violon 2019.
Photo: Tam Lan Truong Hao Zhou a été couronné gagnant du concours Violon 2019.

Le Concours musical international de Montréal, après une deuxième soirée de finale où pourtant tous les concurrents avaient factuellement surpassé ceux de la veille, a couronné Hao Zhou qui, mardi, avait interprété le Concerto no 1 de Chostakovitch !

Débutons donc par les éléments consensuels, c’est-à-dire l’accompagnement remarquable et investi de l’Orchestre symphonique de Montréal et la direction précise claire et attentive d’Alexander Shelley. Nous avons rarement eu des concours de ce niveau à ce point de vue. Le moment où Shelley (poussant un peu sa partition sur son lutrin) et l’orchestre ont rattrapé la jeune surdouée Elli Choi, avec l’air de ne pas y toucher, restera comme un grand moment de l’histoire du concours.

Le meilleur Sibelius de l’histoire du concours ?

Avant d’évoquer le palmarès, il faut aussi parler de la soirée de mercredi, admirable. Il n’y a aucune réserve musicale à faire à la présence de Johanna Pichlmair, membre de l’Orchestre de la radio bavaroise, en finale de ce concours. La musicienne de 29 ans a livré un Brahms solide, digne d’une musicienne qui côtoie toutes les semaines Mariss Jansons, Herbert Blomstedt, Bernard Haitink et consorts. Là n’est pas le but de cette compétition. Une petite gaffe lors du troisième mouvement lui a peut être coûté la première place. Faut-il s’en désoler ?

Anna Lee a de quoi être déçue. On peut espérer qu’elle a fait le tour des membres du jury pour leur demander en quoi Hao Zhou est meilleur qu’elle. Son Concerto no 2 de Prokofiev était sculptural, avec une sonorité superbe. Seul ver dans le fruit : une même difficulté qui revient deux fois dans le premier mouvement a été « savonnée » deux fois.

Celle qui ne doit rien comprendre à rien, c’est la Japonaise Fumika Mohri. Le classement tient probablement compte des pointages des épreuves préliminaires lors desquelles Mohri a dû commettre une bévue quelque part, car sur la seule épreuve finale du concerto, ne pas la classer première tient de la pure hérésie.

Contrairement à tant d’interprètes, Mohri a compris l’essence tellurique du concerto de Sibelius, qui n’est pas une partition que l’on observe et que l’on dépeint, mais que l’on empoigne et dans laquelle on mord. La justesse fut impeccable, les sonorités, admirables. Les archivistes s’amuseront à comparer Benjamin Beilman 2010 et Fumika Mohri 2019 pour savoir qui a donné le plus grand Sibelius des 16 ans d’histoire du concours ! Car c’en était à ce point et nous avons les enregistrements vidéo pour vérifier.

En guise de bilan

Zhou, premier, Pichlmair, deuxième et Mohri, troisième. Étrange classement qui prouve qu’un palmarès peut aussi reposer sur des fantasmes et des supputations. La supputation n’a donc pas touché Elli Choi. On n’a pas parié sur son potentiel ni sur le fait que jouer un tel Bartók à 17 ans tenait du miracle. Contrairement à Jinjoo Cho en 2006, on n’a pas imaginé que le fait de rattraper un trou de mémoire de cette manière à 17 ans sans se désunir par la suite était la preuve d’une maturité et d’un professionnalisme dépassant tous les cadres imaginables.

On a par contre beaucoup parié sur Hao Zhou. On a, par exemple, considéré comme un fait acquis que le son entendu, le plus pauvre et inintéressant des six finalistes, était entièrement attribuable à l’instrument et qu’il allait éventuellement en changer avant de se produire en soliste comme un lauréat. On a aussi considéré que le fait qu’il fut le seul candidat parmi les six avec des défauts flagrants de tenue sur scène, en tapant du pied et des talons pendant la cadence de son concerto, était un fait négligeable. Soit.

Comme nous l’avons dit, Hao Zhou est un musicien intéressant. Tant mieux. D’autres l’étaient aussi et sur l’épreuve du concerto seule, Fumika Mohri devançait Pichlmair. Le troisième serait allé à notre sens à Lee, à Zhou ou à Choi au gré des paris sur l’avenir.

Concours musical international de Montréal

Finale – deuxième soirée. Anna Lee (États-Unis / Corée du Sud) : de Prokofiev. Fumika Mohri (Japon) : de Sibelius. Johanna Pichlmair (Autriche) : de Brahms. Orchestre symphonique de Montréal, Alexander Shelley. Maison symphonique de Montréal, mercredi 5 juin 2019.