Le phénomène Elli Choi

Inattendu accroc pour Elli Choi. Tout lui semble si facile. Elle danse comme une funambule sur les aigus du deuxième mouvement et se joue des entrées piégeuses du premier volet.
Photo: Tam Lan Truong Inattendu accroc pour Elli Choi. Tout lui semble si facile. Elle danse comme une funambule sur les aigus du deuxième mouvement et se joue des entrées piégeuses du premier volet.

Quoi qu’il arrive mercredi soir à la proclamation des résultats, le Concours musical international de Montréal aura été une fois de plus l’endroit d’éclosion d’un phénomène musical à peine sorti de l’adolescence. La chance est d’autant plus grande que 2019 est une année difficile pour tenir un concours de violon, dans une période qui entre en conflit avec la fin du Concours Reine Elisabeth (pour les meilleurs) avec le Concours Tchaïkovski et le Michael Hill, prestigieux concours de Nouvelle-Zélande.

Avoir, dans ce contexte, une Elli Choi est un quasi-miracle. Cela ne veut pas dire qu’Elli Choi, 17 ans, va gagner ce concours. Plusieurs jurys ont trouvé précédemment des raisons pour attribuer non pas le premier prix, mais des accessits au pianiste David Fray, au violoniste Stephen Waarts ou à la mezzo Emily d’Angelo sous prétexte, par exemple, que l’on ne prime pas le potentiel, mais ce que l’on entend à l’instant T.

L’infortunée Elli Choi a donné un argument au jury d’agir ainsi en s’engouffrant dans la brève impasse d’un trou de mémoire à quelques encablures de la fin d’un Concerto no 2 de Bartók, par ailleurs hors normes pour une violoniste de cet âge. Cela dit, en 2006, la Coréenne Jinjoo Cho, impeccable virtuose de bien moins de talent, avait été primée après une bévue nettement pire dans son Concerto no 1 de Chostakovitch.

Deux jeunes femmes très différentes

Inattendu accroc pour Elli Choi. Tout lui semble si facile. Elle danse comme une funambule sur les aigus du deuxième mouvement, se joue des entrées piégeuses du premier volet, des changements rythmiques incessants, des doubles cordes de la cadence, nourrissant une corde de sol frappante d’entrée. Quel incroyable talent qui sautait aux oreilles lors des épreuves qualificatives.

Christine Lim n’avait rien à perdre, puisqu’elle avait été invitée après le désistement d’autres candidats. Elle a joué Sibelius comme tant d’autres en se désunissant quelque peu dans le Finale. Contrairement à Choi, sa corde de sol est neutre, de même que la matière sonore, et l’expression musicale qui ne sort guère du stéréotype romantique d’un Sibelius de carte postale. Lim semble se destiner à devenir violoniste à l’Orchestre de Philadelphie. Elle y sera excellente, car elle est très consciencieuse. Il y a peu à lui reprocher, peu de lauriers à lui tresser également

Ardent Zhou

Que juge-t-on pour Elli Choi ? Le résultat ou le potentiel ? L’accroc du Finale ou le parcours depuis le premier tour ? La question se pose en d’autres termes pour le très attachant Hao Zhou. L’Américain de 22 ans est un travailleur ardent. Vues sur Internet, ses épreuves éliminatoires ne sont pas renversantes sur le plan du charme sonore. En salle, on comprend pourquoi : son violon est nettement moins reluisant que celui des autres concurrents. Faut-il transposer dans sa tête ce que cela pourrait donner avec le Gagliano de 1776 joué par Christine Lim ou juger ce que l’on entend ?

En tous cas, avis à tous les mécènes : confiez un grand instrument à ce bel artiste. Il le mérite. Hao Zhou a donné une lecture intense et assurée du Concerto no 1 de Chostakovitch. La question stylistique qui se pose toujours est : quel usage de quel vibrato à quel moment du concerto ; premier mouvement, troisième mouvement ? Zhou a des réponses assez uniformes, mais son engagement interprétatif et sa sincérité musicale suscitent le respect.

Suite ce mercredi à 19 h 30 avec la proclamation du palmarès dans la foulée.

Concours musical international de Montréal

Finale – Première soirée. Elli Choi (États-Unis) : de Béla Bartók. Christine Lim (États-Unis / Corée du Sud) : de Sibelius. Hao Zhou (États-Unis) : de Chostakovitch. Orchestre symphonique de Montréal, Alexander Shelley. Maison symphonique de Montréal, mardi 4 juin 2019.