Le grand vide arctique chanté par Xarah Dion

Il y a dans la voix fluide de Xarah la note d’espoir qui manque à ses textes — tous écrits en français, même si elle tourne davantage en Europe (francophone ou non) qu’ici.
Photo: Suoni Per Il Popolo Il y a dans la voix fluide de Xarah la note d’espoir qui manque à ses textes — tous écrits en français, même si elle tourne davantage en Europe (francophone ou non) qu’ici.

Plein Nord, le troisième album de Xarah Dion, se faufile entre la poésie lyrique et les rythmes électroniques, entre romantisme et désespoir. Lancé vendredi dernier pendant que l’auteure-compositrice, productrice et interprète montréalaise terminait sa tournée européenne, l’album sera présenté au public lors d’un concert-lancement à la Casa del Popolo durant le festival Suoni per il Popolo, « un festival d’une envergure inédite sur le plan de la programmation et de son approche avant-gardiste et communautaire de la musique », résume Xarah Dion.


À l’origine de Plein Nord, cette manchette scientifique parue il y a deux ans : une équipe de scientifiques avait découvert les plus anciennes traces de vie sur terre, datées de 3,8 milliards d’années, conservées dans les roches de la ceinture de Nuvvuagittuq, dans le nord du Québec, aux abords de la baie d’Hudson.

« Le Nord a toujours été pour moi une source d’inspiration », explique Dion, en pesant chacun de ses mots. Elle est en entrevue comme sur scène, soucieuse d’être la plus éloquente possible. Le Nord, donc, « est un état d’esprit, un mélange de différentes idées qui s’y accrochent et forment, à mon sens, un lexique », un petit monde de sentiments plus qu’un grand thème nordique qui finit par déteindre dans ses textes, comme dans la longue et inquiétante C’est un acte silencieux : « C’est un acte silencieux sur la peau du désert / Plaqué seul sur la pierre de l’histoire de la terre / C’est un geste minutieux sur la crête d’un nuage / Beauté pâle, beauté rose, beauté verte d’une aurore ».

Derrière ses boîtes à rythmes, Xarah Dion érige des rythmiques techno, rêches mais énergiques, auxquelles elle accroche sa poésie mystérieuse. Ce Nord est ici présenté « en tant que symbole de la vacuité face à l’avenir d’un monde surpeuplé ». Rien de très jojo, non, mais surtout rien d’aride : il y a dans la voix fluide de Xarah la note d’espoir qui manque à ses textes — tous écrits en français, même si elle tourne davantage en Europe (francophone ou non) qu’ici.

« J’aime l’idée de m’exprimer en français tout en ne cherchant pas nécessairement à plaire à un public de chanson française, dit-elle. Je ne fais pas exactement de la chanson, bien qu’elle m’intéresse ; si j’ai choisi d’écrire en français, c’est simplement parce que c’est la langue que j’ai près du coeur. » Ensuite, reconnaît-elle, sa voix demeure une composante importante de sa démarche « et le public le reconnaît, même si [ceux qui ne comprennent pas le français] n’ont pas la clé pour tout saisir ».

Aussi graves soient-elles, ses compositions visent tout de même à faire danser, avec des influences cold wave et EBMencore plus prononcées sur ce nouvel album, que Xarah Dion estime à part des précédents, « en raison d’une approche différente sur le plan de la production : avant, je travaillais uniquement avec les instruments électroniques, synthés, boîtes à rythmes. Au fil du temps, j’ai réalisé que ça me limitait ». Les instruments numériques et autres logiciels de composition ont peu à peu trouvé leur place dans la construction de son Plein Nord, un album aux « rythmes plus incisifs, où les percussions occupent plus d’espace. Toutes les sonorités sont moins diffuses ; elles cherchent vraiment à faire danser. » Ce qu’on fera le 21 juin, à la Casa del Popolo.

À voir au Suoni Per Il Popolo

Hans-Joachim Roedelius, membre fondateur du mythique duo Cluster, a érigé en solo une œuvre d’une cinquantaine d’albums explorant les interstices entre le rock psychédélique, les musiques électroniques et l’ambient.

Hans-Joachim Roedelius avec Saudade, Bernier + Lokkegaard, 6 juin, 20 h 30, Sala Rossa

Complice du saxophoniste jazz avant-gardiste Archie Shepp, le pianiste Dave Burrell demeure l’un des plus imaginatifs de sa génération, ayant brillé dans les années 1960 et 1970 aussi auprès de Pharoah Sanders et de David Murray.

Dave Burrell avec Egyptian Cotton Arkestra, 9 juin, 20 h, Sala Rossa

Honey, le plus récent album du trio rock expérimental féminin Lungbutter, paru vendredi dernier sur étiquette Constellation, est un dangereux brûlot noise-punk qu’on a hâte de découvrir sur scène.

Lungbutter avec Fly Pan Am, Moth Cock et Night Lunch, 15 juin, 21 h, Sala Rossa

La vogue néo-classique remet l’œuvre du compositeur et pianiste ukrainien Lubomyr Melnyk à l’ordre du jour, lui dont la technique de composition dite « continuous music » influence l’esthétique de contemporains tels que Blais et Stréliski.

Lubomyr Melnyk avec Architeck Percussion et SaskPWR (Nicole Lizée, Steve Raegele et Ben Reimer), 17 juin, 20 h 30, Sala Rossa

Fer de lance de la scène musicale ghanéenne, King Ayisoba fusionne les rythmes traditionnels avec les genres modernes du high-life, du hip-hop et des musiques électroniques.

King Ayisoba avec Madou Diarra, 18 juin, 20 h, La Vitrola