Le prince Sitkovetski

Dmitri Sitkovetski a arrangé pour trio à cordes les «Variations Goldberg» en 1985, une transcription qui connaît depuis lors beaucoup de succès avec plusieurs enregistrements.
Photo: Concours musical international de Montréal Dmitri Sitkovetski a arrangé pour trio à cordes les «Variations Goldberg» en 1985, une transcription qui connaît depuis lors beaucoup de succès avec plusieurs enregistrements.

Pour ce concert au profit de la Fondation Concours musical international de Montréal, le concours avait demandé à deux membres du jury de participer à une soirée très spéciale. Dmitri Sitkovetski a arrangé pour trio à cordes les Variations Goldberg en 1985, une transcription qui connaît depuis lors beaucoup de succès avec plusieurs enregistrements.

Arrangeur passionné, Sitkovetski est également l’auteur d’une version pour orchestre à cordes nettement moins réussie, à laquelle nous préférons celle de Bernard Labadie. Par contre, il a en stock des réalisations très intéressantes, comme l’ont prouvé les bis : des adaptations pour quatuor à cordes du 1er mouvement de la 3e Suite anglaise et du Capriccio de la 2e Partita pour clavier.

Pour la cause, Ayana Tsuji, lauréate du concours en 2016, rejoignait le trio. Elle avait donné en ouverture de concert une version sculpturale et apollinienne de la Chaconne de la 2e Partita, d’une remarquable finition technique.

Un exercice redoutable

Écouter la version en trio des Goldberg par son transcripteur est une expérience particulière, car le violon de Sitkovetski est, de manière naturelle, très présent et proéminent. La fascination du moment était renforcée, lundi, par le fait que les spectateurs étaient placés sur et derrière la scène faisant face à une maison symphonique vide.

Les Variations sont parties sur de fausses promesses tant l’aria était burinée, soupesée dans tous ses dosages. Cela promettait pour la suite, mais, malgré la beauté des choses, il a fallu parfois déchanter, car Sitkovetski et Haimovitz possédaient et dominaient une partition qu’ils avaient tous deux déjà enregistrée alors que Kim Kashkashian semblait davantage aux prises avec le texte. La brillante altiste a approché la matière avec des touches de couleurs superbes dans les passages calmes, mais pas avec une impeccable maestria lorsque les phrases devaient circuler rapidement d’un pupitre à l’autre. Parmi les bémols, il y avait aussi quelques idées étranges de Haimowitz, comme ces effets métalliques de sul ponticello dans la variation XIX.

Cela dit, le parcours spirituel de l’oeuvre reste fascinant et il l’est autant en trio qu’au piano. En suivant les faits et gestes de Sitkovetski, on passait de toutes manières une grande soirée et les moments où le trio avait peaufiné particulièrement l’interprétation (variation XV) étaient mémorables. Pour écouter en disque, dans les meilleures conditions, cette vision des Goldberg, nous vous recommandons l’enregistrement de Vadim Repin, Nobuko Imai et Misha Maïsky chez Deutsche Grammophon.

Bach tout Bach

Chaconne de la 2e Partita pour violon. Ayana Tsuji (violon). Variations Goldberg (version pour trio à cordes de Dmitri Sitkovetski). Dmitri Sitkovetski (violon), Kim Kashkashian (alto), Matt Haimovitz (violoncelle). Maison symphonique de Montréal, lundi 3 juin 2019.