«Chants de louange»: une fin de saison hymnique

La soprano Karina Gauvin et le chef Yannick Nézet-Séguin
Photo: François Goupil La soprano Karina Gauvin et le chef Yannick Nézet-Séguin

En associant la 1re Symphonie, « Jeremiah », de Leonard Bernstein et la 2e Symphonie, « Chant de louange », de Felix Mendelssohn, partant donc d’une « crise de la foi » de l’un et de la conversion au protestantisme de l’autre, Yannick Nézet-Séguin a dit en préambule avoir voulu enrichir une réflexion sur « ce qui nous définit », mais aussi « ce qui nous met ensemble et nous fait coexister, toutes confessions confondues ».

Au-delà de ces nobles intentions, le concert nous a permis de vivre une grande émotion en entendant, en prélude, les élèves de secondaire de l’école Joseph-François-Perrault jouer avec un tel engagement le dernier mouvement de la 5e Symphonie de Tchaïkovski. Il a aussi, et surtout, donné à nombre de spectateurs l’occasion de découvrir la 2e Symphonie de Mendelssohn, que l’on n’entend que très rarement.

Un étrange appariement

D’une durée de plus d’une heure, cette oeuvre de 1840 hérite en quelque sorte la structure de la 9e Symphonie de Beethoven, puisque le Chant de louange, sorte de finale symphonique avec choeurs et solistes, est précédé d’une Sinfonia en trois mouvements dans laquelle le mouvement lent est placé en 3e position (il est donc faux de penser, comme on le lit parfois, que la 8e Symphonie de Bruckner est la première symphonie qui procède ainsi après Beethoven).

Yannick Nézet-Séguin fait partie d’une génération de chefs qui, héritiers notamment de Kurt Masur, trouvent la bonne pulsation d’une oeuvre qui ne fonctionne qu’à ces tempos-là (énergie vitale du 1er volet, tendresse tenuto de l’allegretto qui suit, adagio jamais enlisé) afin d’éviter un côté pompeux, voire pompier. Dommage que les interventions de l’orgue sonnassent si boursouflées. Il y avait certainement moyen de rajouter des harmoniques aiguës dans la balance spectrale.

Le chef a célébré l’aspect hymnique à la tête d’un choeur très engagé, explosant de ferveur dans la 2e partie du choral « Nun danket alle Gott » et dans le choeur final. Il aurait peut-être été astucieux de faire chanter l’épisode « Sagt es, die Ihr erlöset seid » par la moitié des choristes, pour avoir toute la subtilité du tuilage des entrées.

S’agissant des solistes, le choix d’Andrew Staples était idéal. Yannick Nézet-Séguin a trouvé son ténor s’il programme un jour prochain La création ou Les saisons de Haydn : quelles finesse et clarté ! Le duo Myriam Leblanc (angélique et, elle aussi, parfaite pour La création, un jour) et Karina Gauvin fonctionne très bien. Il faudra s’y faire : la voix de Karina Gauvin a beaucoup changé ; elle est comme recentrée sur un médium très fourni et cuivré, ce qui fait presque illusion dans la 1re Symphonie, « Jeremiah », de Bernstein, où elle apparaît comme un choix fort étrange. Jeremiah est une oeuvre où la voix de mezzo-soprano s’impose (Jennie Tourel, Christa Ludwig, Michelle DeYoung, Jard van Nes et Marie-Nicole Lemieux dans la discographie !), car sa couleur s’oppose aux irisations symboles d’espoir qui apparaissent dans le dernier tiers et que Yannick Nézet-Séguin met en sons de manière si bouleversante. Le chef et l’orchestre ont également fait forte impression dans l’épisode de la profanation (2e mouvement), d’une poignante ardeur.

Il n’en demeure pas moins que le couplage Bernstein-Mendelssohn convaincra avant tout les convaincus.

Chants de louange

Bernstein : Symphonie no 1, « Jeremiah ». Mendelssohn : Symphonie no 2, « Lobgesang ». Karina Gauvin et Myriam Leblanc (sopranos), Andrew Staples (ténor), choeur et Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Maison symphonique de Montréal, dimanche 2 juin 2019.