Loud au Centre Bell: tous ses fans savent danser

La prestance, le geste, l’attitude, le charisme sur scène, le rappeur Loud a gagné ses épaulettes depuis la sortie de son premier album, il y a moins de deux ans.
Photo: Vincent Rochette La prestance, le geste, l’attitude, le charisme sur scène, le rappeur Loud a gagné ses épaulettes depuis la sortie de son premier album, il y a moins de deux ans.

En vérité, il ne s’agissait plus de déterminer si Loud allait ou non écrire une page d’histoire de notre musique, mais bien comment. C’était déjà inscrit dans le grand livre : le 31 mai 2019, un rappeur québécois a pour la première fois tenu la tête d’affiche du Centre Bell. Comment, alors ? Avec panache. Et à l’aide d’une scénographie qui, compte tenu des budgets de production somme toute modestes en comparaison de ceux dont jouissent les stars américaines du rap, n’avait finalement pas d’autre chose à envier.

Et avec le sourire, surtout – une autre première, pour qui est familier avec l’image imperturbable du personnage. Il a craqué, pour ainsi dire, dès la deuxième chanson Nouveaux riches, redescendu du second étage de sa scène, foulant le plancher une fois la glace brisée. Les deux écrans LED de part et d’autre au fond montraient son visage en gros plan : c’était incontrôlable, il souriait !

Loud avait devant lui un public gonflé à bloc, debout sur son siège, déjà soufflé par son introduction. Au second étage de la scène s’était avancé le nez d’un avion -un vrai nez, pas un pastiche en papier mâché !-, ses ailes déployées reproduites sur les deux écrans. L’image rappelait celle du clip de la chanson 56K (du EP New Phone), la chanson qui a allumé la mèche de sa carrière solo, clip aujourd’hui visionné plus de 3,6 millions de fois sur YouTube. Le ton était donné : Loud allait y mettre toute la gomme.

On imagine que sa dernière année (record) lui a permis de nous en convaincre. La prestance, le geste, l’attitude, le charisme sur scène, ce type-là a gagné ses épaulettes depuis la sortie de son premier album, il y a moins de deux ans. Il ne commandait encore pas la foule avec une telle assurance l’été dernier sur les Plaines d’Abraham, pendant le Festival d’été de Québec, en rétrospective l’une des (grosses) marches l’ayant mené hier jusqu’aux portes du Centre Bell.

Cette impression de grandeur trouvée au cours de sa dernière année fut décuplée par la scénographie conçue par le rappeur en collaboration avec la directrice de création Marcella Grimaux : après le tape-à-l’oeil efficace du nez d’avion, nous nous sommes laissés envoûter par le stylisme des vidéos diffusées sur les deux écrans et la façade du premier étage de la scène, tout un écran au centre duquel trônait DJ Ajust, avant qu’il ne passe lui-même à l’étage à la mi-parcours. En comparaison avec les grosses productions pop internationales, le système d’éclairage paraissait chétif ; c’était sans compter sur la créativité du concepteur Karl Gaudreau qui a élaboré des tableaux aussi élégants qu’ingénieux, habillant chaque chanson de manière unique, en phase avec le ton de celles-ci.

Par exemple, les images en noir et blanc et le tapis de fumée accompagnaient parfaitement le ton plus sombre de Hell, What a View (du premier album, Une Année Record, 2017) qui a suivi. Plus tard, les rayures mauves dessinées par les éclairages étaient du plus bel effet sur Médailles. Autre effet réussi : à la fin de Salle comble, Loud se tenait au bout de la passerelle, debout sur un écran LED qui s’est avéré être une plate-forme s’élevant à deux mètres de haut – manière de clin d’oeil à petit budget aux extravagantes scènes surélevées que Kanye West et Drake ont utilisées durant leurs tournées respectives. Il y est resté perché pour encore deux chansons, avant de revenir sur terre.

L’accueil réservé à la nouvelle chanson Fallait y aller a sans doute aussi fait sourire le flegmatique MC : la foule en connaissait les paroles par coeur, même si l’album sur lequel elle figure, Tout ça pour ça, n’est paru que depuis une semaine. Nouvelles ou pas, les fans finissaient toutes les phrases de Loud, et ainsi pendant tout le concert.

Le MC a ensuite invité sur scène quelques collaborateurs : Charlotte Cardin d’abord pour Sometimes, All the Times, elle au second étage, lui au plancher, mise en scène soulignant le thème de la pesante distance abordé dans la chanson. Lary Kidd ensuite, son vieux complice de Loud Lary Ajust, pour Off The Grid, On My Life (à laquelle s’est joint 20Some de Dead Obies) et SWG – Lary a même profité d’un tour de piste en solo, le temps d’offrir sa propre Petit Jésus. Le dernier tiers de la soirée a défilé en vitesse, comme le premier, ponctué par l’apparition surprise de Coeur de Pirate pour la mielleuse Dans la nuit. Le concert s’est terminé dans la fête avec Une année record, la bombe radio Toutes les femmes savent danser puis, au rappel, TTTTT, Devenir immortel et GG.

La première partie avait été confiée au duo Milk & Bones qui a très bien utilisé sa petite demi-heure, tout doucement comme à son habitude, avec ces harmonies vocales si bien agencées à ses rythmes électro-pop cajoleurs. Nous aurions cependant pris davantage de chansons de leur tout récent EP Dive coproduit par le compositeur belge Alex Lustig, qui semble lui a donné l’envie de rythmes plus soutenus, du genre à livrer une décharge électronique à un public d’aréna.