«Le Saint-Laurent chanté»: retrouver en chantant le sens du courant

Le Lac-Saint-Jean de Galaxie trouve par le Saguenay sa majestueuse porte d’entrée.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le Lac-Saint-Jean de Galaxie trouve par le Saguenay sa majestueuse porte d’entrée.

Ainsi donc, Le Saint-Laurent chanté n’est pas un nouvel album des Cowboys Fringants, avec des amis chanteurs et amies chanteuses pour partager le micro ? Même pas un peu. C’est la Fondation Cowboys Fringants qui poursuit sa mission éducative, reprenant l’idée de l’album Nos forêts chantées, paru il y a deux ans, cette fois avec la Fondation David Suzuki : en gros, on prend les arbres et on les jette dans le fleuve. Pour faire un pont entre les rives et les gens et les consciences. Enfin, quelque chose comme ça.

Reprenons. C’est la même démarche, donc, mais en ramant. C’est le même Jonathan Harnois que pour Les forêts chantées. Harnois l’écrivain, l’homme de théâtre, le parolier (pour Alex Nevsky et Dumas, notamment), qui s’est promené cette fois-ci d’école en école le long des berges du Saint-Laurent, de la bien nommée Polyvalente des Berges à Grandes-Bergeronnes à l’école secondaire Mont-Bleu de Gatineau, sans oublier l’Institution Kiuna d’Odanak. Quand on dit le long des berges, c’est un peu pour l’image, mais le fleuve n’est jamais loin.

Troisième poumon

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jérôme Minière

Harnois est donc allé cette fois encore à la rencontre d’élèves de niveau secondaire. Au lieu de les perdre dans le bois, il les a fait traverser le fleuve à la nage, pour voir s’ils allaient être emportés par le courant. Enfin, métaphoriquement parlant. Pour dire cela plus simplement, Harnois les a écoutés parler de leur Saint-Laurent et en a tiré la matière de chansons, onze au total, qu’ont servi dix interprètes pareillement proches du Saint-Laurent et de ses affluents, de son estuaire, et de la mer : Nevsky, Elisapie, Galaxie, Saratoga, Marie-Pierre Arthur, Maude Audet, Jérôme Minière, Salomé Leclerc, Patrice Michaud et Antoine Corriveau.

Évidence pour Corriveau : « Le fleuve a toujours fait partie de ma vie parce qu’il était au bout de la rue de la maison où j’ai grandi. Je cherche à m’en rapprocher. Quand je suis au bord du fleuve, je réalise qu’il est comme mon troisième poumon. »

C’est aussi vrai pour un Minière, tout Québécois d’adoption soit-il : « Dans mon enfance et mon adolescence, je vivais à Orléans, qui est à cheval sur la Loire, en son point le plus au Nord. La Loire est le plus long fleuve français, mais on s’entend que, comparée au Saint Laurent, elle a la taille d’une rivière. J’ai souvent fait du vélo, couru, marché au bord de la Loire. Et puis, si on écoute la météo en France, au nord de la Loire, il fait souvent mauvais, et au sud, il fait beau. Donc, symboliquement, il nous suffisait de traverser le fleuve ! »

« C’est là que j’ai eu les plus belles discussions philosophiques avec mon père, poursuit Minière. Le fleuve, qu’il soit petit ou grand, est une frontière, un lieu de méditation, un espace souvent baigné d’une lumière particulière, changeante, qui évoque le temps qui passe. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Antoine Corriveau

Son Saint-Laurent passe par la Loire, en quelque sorte. Et le Lac-Saint-Jean de Galaxie trouve par le Saguenay sa majestueuse porte d’entrée. Et le Cap-Chat de Michaud contemple l’immensité par delà l’horizon, cette mer par où les navigateurs sont arrivés, en provenance de pas si loin de chez Minière. Tout se recoupe dans la grande chaloupe. Le fleuve, comprend-on, nous charrie tous, dans le bon sens du mot. « Je crois qu’inconsciemment il nous lie, avance Corriveau. Le Québec s’est construit tout au long du fleuve. C’est une chance inouïe de le côtoyer et une bêtise incroyable de le polluer comme on le fait. »

Une usine qui se chante

Si l’album cherche d’abord à exalter la beauté du fleuve à travers de jeunes regards, une plume d’écrivain et des compositeurs-interprètes pareillement émus, le moteur de l’affaire carbure au mazout. Ce disque est pour ainsi dire une usine de filtration portative, où la chanson donne du courage aux volontaires du nettoyage, c’est-à-dire potentiellement nous tous.

« Réinvestir, continue Minière, retisser nos liens avec les territoires que nous occupons est central dans le monde d’aujourd’hui. On peut dire que la vallée du Saint-Laurent est une sorte de grande colonne vertébrale liquide du Québec. Un fleuve qui inspire la sagesse et la révérence. » L’achat de l’album, précise-t-on dans le livret, « soutient la conservation des bélugas du Saint-Laurent par la recherche scientifique ». Pas de bouteilles lancées à la mer, pas plus que dans le fleuve : la chanson porte loin, et les bélugas ont l’ouïe fine.

 
 

Une version précédente de ce texte, qui indiquait erronément que Jonathan Livernois était le parolier et accompagnateur à la barre du projet, a été corrigée.

Le Saint-Laurent chanté

Collectif, La Tribu. Lancement au Jardin botanique, vendredi à 13 h 30, en présence des Cowboys Fringants, d’une petite foule d’élèves, de quelques-uns des interprètes et d’une très grande variété de fleurs bien arrosées.