Il était une fois dans l'Ouest avec KNLO

L’auteur, compositeur, producteur et rappeur KNLO revendique ses origines congolaise et fidéenne.
Photo: John Londono L’auteur, compositeur, producteur et rappeur KNLO revendique ses origines congolaise et fidéenne.

Maintenant qu’on a trouvé la bande-son de l’été, il suffirait que la météo collabore : l’auteur, compositeur, producteur et rappeur KNLO lance ce qu’il considère comme son second album solo, le chaleureux Sainte-Foy, hommage à sa ville et aux influences musicales de celui qui l’habite, un disque trempé dans le funk, dans le vieux son rap West Coast et dans des productions trap modernes qu’il est recommandé d’écouter après s’être appliqué de la crème solaire.

Un disque aussi avec lequel le plus spirituel des membres d’Alaclair Ensemble désire « raconter l’histoire afro-bas-canadienne ». Sainte-Foy, foyer de l’histoire afro-bas-canadienne ? « Ben oui, hésite d’abord à répondre KNLO. C’est de là… qu’est originaire le tout premier joueur de basketball de la ville de Québec ayant évolué en première division en NCAA », balance le fan fini du ballon rond. Qui ça ? Lungi Okoko, vingt-sept parties disputées dans l’uniforme des Howard Bisons de l’Université Howard de Washington durant la saison 1999-2000. « C’est mon frère ! »

Le père de KNLO fut parmi les premiers Congolais à venir s’installer dans la capitale. « Mes grands frères ont grandi dans un contexte où il n’y avait pas encore beaucoup d’immigration, alors que moi, grandir dans les années 1990, pendant et après des conflits dans les Balkans et en Afrique centrale, j’ai eu plus d’amis venant d’ailleurs, explique Akena Okoko. Mais j’ai l’impression que, vu de l’extérieur, on pourrait avoir une image plutôt terne de ce qu’est Sainte-Foy », une image en effet uniformément « pure laine » que réfute le musicien en revendiquant sur ce disque ses origines congolaises et fidéennes. Sainte-Foy, son « hood », sa tribu, multicolore.

Étant originaire de Sainte-Foy, qui est à l’ouest de la ville de Québec, ça avait du sens qu’on s’identifie à la musique West Coast

Son père parlant un français « impeccable » et sa tribu imbibée de rap américain qu’elle écoutait ado ont donné au verbe de KNLO une saveur unique. Il y a une douzaine d’années, le musicien, qui se faisait alors appeler KenLo Craqnuques, amorçait une série de mixtapes et de mini-albums d’instrumentaux avant-gardistes ayant grandement influencé ses contemporains. Au sein d’Alaclair, c’est plutôt le MC qui s’est révélé, celui des tournures de phrase qui font sourire, des expressions typiquement québécoises coulées dans le moule du rap américain — à cet égard, le texte du premier extrait Amadit, une douce rythmique dancehall-pop qui souffle comme la brise, est particulièrement éloquent.

« On ne se mentira pas : la langue anglaise est à la base du format hip-hop. J’ai toujours été plus fan de rap américain que francophone, ça s’entend jusque dans ma façon de rapper le joual. Aussi, le patois jamaïcain, le reggae et le dancehall. Chaque fois que j’entendais ces textes en anglais ou en patois, j’essayais de trouver le mot en “queb” qui marche. Or, le joual a cette propriété de pouvoir se prononcer de plein de manières », dit-il en mâchouillant des expressions québécoises dans la langue de son grand-père maternel originaire de la Mauricie. « La langue française est quand même pour moi un terrain de jeu ; je veux que mes chansons sonnent comme du français. »

Coproduit et coréalisé par l’ami Vlooper et lui, l’album Sainte-Foy présente une cohésion remarquable compte tenu de la diversité des ambiances. Plus pop sur Amadit et Merci Pt 2 (une collaboration avec l’excellent Eman) puis, à l’autre bout du spectre sonore, puissamment trap sur TO DO List (avec la participation du MC de Québec Steeve Beezy) et surtout DRRLÀ, avec sa ligne de basse qui racle le sol et sa mélodie de refrain dans l’air du temps. Boogie-funk sur À souhait en ouverture, carrément G-funk, dans le carré de sable de Snoop Dogg et Warren G, sur TGV en fin d’album, juste avant l’étonnant afro-trap Ça fait mal, point d’orgue de ce disque verbeux, jovial et plein d’esprit.

« Snoop, c’est un de mes rappeurs préférés ; même s’il n’était pas précisément dans ma tête en enregistrant l’album, je suis influencé par lui — surtout sur celle-là en fin de l’album. J’ai écouté beaucoup de son West Coast, mais plus contemporain, comme YG. Étant originaire de Sainte-Foy, qui est à l’ouest de la ville de Québec, ça avait du sens qu’on s’identifie à la musique West Coast. C’est comme ça depuis mon primaire, en 4e, 5e année, quand ces gros albums sont sortis, The Chronic [Dr Dre, 1992]. »

Croisons-nous les doigts pour qu’aux Francos, le 14 juin, le beau temps ait écouté l’album Sainte-Foy ; pour son concert sur une scène extérieure, KNLO promet « les amis, les collaborateurs », comme Vlooper aux commandes des platines, et sans doute l’ami Eman. « On va casser la glace dehors et fouetter le public ! »

En concert aux Francos le vendredi 14 juin, à 21 h

Sainte-Foy

KNLO Disques 7e Ciel Disponible le 7 juin