Martha Wainwright présente Ursa

L'avenue du Parc, à Montréal, accueillera un nouveau lieu de diffusion de l’art, une initiative de Martha Wainwright.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L'avenue du Parc, à Montréal, accueillera un nouveau lieu de diffusion de l’art, une initiative de Martha Wainwright.

« Vous allez me voir souvent marcher sur l’avenue du Parc avec mon tablier ! », dit à la blague Martha Wainwright, auteure, compositrice, interprète et, désormais, propriétaire d’une nouvelle salle de spectacles baptisée Ursa, sise au 5589 de ladite avenue, juste au nord de la rue Saint-Viateur. Et juste au-dessous des bureaux de l’organisation du festival POP Montréal, désormais locataire de l’illustre musicienne qui, en inaugurant officiellement son local le 21 juin, consolidera un nouveau pôle culturel dans le Mile End.

Martha Wainwright nous ouvre les portes de son demi-sous-sol jadis occupé par le restaurant Petite Maison de Dany St-Pierre. Le parfum des lys mis en vases dans la vitrine embaume le vestibule ; passé le petit corridor où l’on croise la cuisine, une salle plus vaste pouvant, à vue de nez, accueillir autour de 80 personnes. Des fenêtres donnent sur l’éventuelle petite terrasse et, tout au fond, près de la sortie de secours, une petite scène sur laquelle trône un piano droit. « On s’y est mis à une dizaine pour tout retaper, peinturer, amener un nouveau four, construire la scène, aller chercher le piano — tout fait à la main parce que c’est moins cher et que c’est plus agréable de faire ça en famille », raconte Martha.

C’est en famille justement que s’est faite l’ouverture officieuse du Ursa, il y a une dizaine de jours. Un événement-bénéfice privé (« pour remettre un peu d’argent dans le compte bancaire parce qu’il était vide ») durant lequel son frère Rufus et elle ont chanté. « J’ai aussi préparé de la bouffe avec mes deux ou trois girls, de l’agneau, deux soupes, des salades, du gravlax, on a beaucoup travaillé ! »

Que sera Ursa ? « C’est ce que j’essaie de faire comprendre aux gens. Ce sera ce que vous voudrez que ça soit ! », répond Martha, qui se lance tête baissée dans l’aventure. Ce sera une salle de concert. Une galerie. Un café, un petit resto. « Quand les amis de mes parents entreront ici, j’aimerais qu’ils reconnaissent l’ambiance des coffee houses des années 60 et 70 » où sa mère, sa tante et son père ont lancé leur carrière. « Je veux aussi que ce soit un lieu où les musiciens pourront jouer, où les artistes pourront exposer. J’ai beaucoup tourné dans le circuit des folk festivals où les concerts débutent autour de midi, je trouve ça kid-friendly. Puis, la nuit tombe et ça devient autre chose, peut-être un DJ qui joue, et on fait des sandwichs, des soupes, des salades, quelque chose de simple et peu cher pour rendre l’espace vivant, pour expérimenter, pour accueillir, pour faire de la musique, de l’art. »

Wainwright, qui a passé son adolescence à quelques coins de rue de l’Ursa, a ensuite longtemps vécu à Brooklyn ; redevenue montréalaise à temps plein il y a presque cinq ans « parce que c’était la meilleure place pour mes enfants et parce que je voulais qu’ils aillent à l’école en français », elle a cherché à investir dans un immeuble pour en faire ce dont elle rêvait depuis longtemps. Elle a fouillé dans Villeray, dans Rosemont, « je cherchais un endroit industriel, un peu brut, que je pourrais transformer », avant d’apprendre que l’immeuble où POP Montréal avait installé ses quartiers était sur le marché.

Ainsi, en ouvrant Ursa — d’abord pour sa « célébration de l’été », les 21, 22 et 23 juin, puis pour un autre micro-festival au mois d’août baptisé Last Rose of Summer —, Martha Wainwright comble un vide dans le quartier. Depuis le déménagement du café Cagibi à l’orée de la Petite Italie, sur le boulevard Saint-Laurent, il manquait au Mile End ce type de lieu communautaire et culture. « J’aime ce que font les gens du Dépanneur Café » tout près sur la rue Bernard, « ils ont leurs soirées open mic, leur vibe, mais il n’y a pas de petite salle de musique comme ça dans le quartier. Mon but, c’est de faire un endroit qui sonne bien, que les musiciens puissent simplement prendre une guitare acoustique et chanter » dans de bonnes conditions.

Ursa ouvrira de manière continue à l’automne, après le premier test que constituera l’événement Ursa Micro du solstice auquel prendront part les Barr Brothers, les membres de Plants & Animal, La Force, Yan Perreau et Betty Bonifassi, entre autres amis « connus et moins connus — ça va être vraiment “lousse” comme événement, pas cher, peut-être même gratuit, on passera le chapeau, ça reste à décider. »

Le lieu résonnera aussi sans doute à quelques occasions durant l’été : « Je ne veux pas devenir productrice de spectacles, mais je peux demander à tous mes amis, d’ici ou d’ailleurs, s’ils ont envie de venir jouer. Je rêve d’un genre d’endroit où on se retrouverait après les grands concerts. Prends Madeleine Peyroux, qui vient au Festival de jazz ; c’est sûr que je vais l’appeler et lui offrir de venir chanter. Il y a Kurt Vile aussi qui passera au Québec, je lui ouvrirai les portes. » Avec près de quinze ans de carrière, la musicienne a un carnet de contacts bien garni, dont elle se servira pour noircir le calendrier de l’Ursa qui, synergie aidant, sera aussi alimenté par les amis de l’étage supérieur : « J’espère que POP Montréal va se servir beaucoup de la salle ! »