Une création marque le 35e anniversaire d’I Musici

Nous avons eu un concert de Jean-Marie Zeitouni avec une ouverture du «Songe d’une nuit d’été» fignolée et une «1re Symphonie» de Beethoven juste, dynamique et sculptée.
Photo: I Musici Nous avons eu un concert de Jean-Marie Zeitouni avec une ouverture du «Songe d’une nuit d’été» fignolée et une «1re Symphonie» de Beethoven juste, dynamique et sculptée.

I Musici, l’orchestre de chambre fondé en 1983 par Yuli Turovsky et dirigé depuis 2011 par Jean-Marie Zeitouni, fêtait son 35e anniversaire en clôture de saison, à la Maison symphonique de Montréal, dimanche. Cette célébration musicale restera marquée par la création du Concerto pour violoncelle de Denis Gougeon, oeuvre de 24 minutes destinée à Stéphane Tétreault. Cette commande réunissait ainsi le créateur le plus fidèlement attaché à I Musici et l’élève préféré de Yuli Turovsky. Coup de maître.

L’oeuvre moderne, mais consonante, accessible, parlante et populaire que le Centre national des arts avait rêvée en commandant à Howard Shore un Concerto pour guitare, I Musici l’a obtenue en confiant la présente création à Denis Gougeon. Ce concerto possède à peu près toutes les qualités, comme le volet I Lost My Talk de John Estacio du projet Life Reflected d’Alexander Shelley. Voici des oeuvres patrimoniales.

Première qualité, qui devient parfois rare dans les concertos contemporains : c’est un vrai dialogue entre le soliste et l’orchestre. Il y a en sus de la virtuosité, un caractère ludique, du plaisir et un métier qui englobe le talent mélodique quand il le faut (un superbe mouvement lent qui s’élève progressivement vers l’aigu), des touches de couleurs intéressantes (vibraphone) et de la maîtrise orchestrale, notamment dans le finale (un rien longuet par rapport aux deux autres), inspiré par les lignes d’un tableau de Paul Klee.

La musique de Gougeon serait-elle de plus en plus cinématographique ? En tous cas, ce n’est pas à une création sans lendemain à laquelle nous avons assisté dimanche. Stéphane Tétreault aura sans doute plaisir de se faire le champion d’un tel joyau.

Concept étrange

La surprise Gougeon a fait oublier le concept étrange de ce concert d’anniversaire qui faisait briller des solistes plus que l’orchestre et faisait l’impasse sur le répertoire russe. La moindre des choses était de prendre une oeuvre ou un mouvement archétypique de l’époque Turovsky (Souvenir de Florence, par exemple) et de le jouer en son honneur.

Mais, symphoniquement, nous avons eu un concert de Jean-Marie Zeitouni avec une ouverture du Songe d’une nuit d’été fignolée et une 1re Symphonie de Beethoven juste, dynamique et sculptée, superbement équilibrée, sans la brutalité de ses Beethoven d’il y a quelques années.

Solistes à l’honneur

Quant aux solistes, la voix de Marianne Fiset se développe admirablement en une comtesse des Noces de Figaro avec une belle matière et étoffe. Il est étonnamment contre-productif pour elle que sa biographie la relie au rôle de Liu et à la 4e de Mahler alors que sa voix est totalement ailleurs.

Charles Richard-Hamelin lui aussi est totalement ailleurs : il faudra y revenir. Nous n’avons jamais eu un tel poète pianiste au Canada et c’est de plus en plus évident. Son toucher dans l’air de concert de Mozart faisait presque oublier la chanteuse et l’orchestre !

Concert 35e anniversaire

Mendelssohn : Le songe d’une nuit d’été (ouverture). Mozart : Airs d’opéras « Porgi amor » et « Batti, batti, o bel Masetto ». Air de concert « Ch’io mi scordi di te… », K. 505 avec piano obligé. Chopin : Andante spianato et Grande polonaise brillante, op. 22. Denis Gougeon : Concerto pour violoncelle et orchestre (création). Beethoven : Symphonie no 1. Marianne Fiset (soprano), Charles Richard-Hamelin (piano), Stéphane Tétreault (violoncelle), I Musici, Jean-Marie Zeitouni. Maison symphonique de Montréal, dimanche 26 mai 2019.