MTT-OSM: 10/10

Michael Tilson Thomas, alias MTT, n’était jamais venu diriger ici.
Photo: Bill Swerbenski Michael Tilson Thomas, alias MTT, n’était jamais venu diriger ici.

Ce fut une première. Nous espérons que ce ne sera pas la dernière. Michael Tilson Thomas, alias MTT, n’était jamais venu diriger ici. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Il est à espérer que les membres influents de l’institution présents au concert ont eu, au fil de cette rare et précieuse soirée, la même intuition que nous.

Cette idée est la suivante : et si, comme le Toronto Symphony Orchestra, qui a nommé pendant deux saisons Andrew Davis, sorte d’autorité musicale, au rang de « chef principal » le temps de trouver son nouveau directeur musical, l’OSM donnait quelque titre et des séries de concerts à Michael Tilson Thomas pendant les saisons 2020-2021 et 2021-2022, le temps de parfaire sereinement le travail de sélection du successeur de Kent Nagano ?

Nous ne pouvons qu’espérer pour les musiciens que l’alchimie de leur côté de la scène était à la hauteur de ce que nous avons entendu dans la salle. Et tout d’abord, un Haydn qui, malgré la non-opposition des violons I et II sur le plateau, les différenciait très clairement dans la polyphonie. Un Haydn très étonnant, d’une immense sérénité et d’une sorte de douceur apollinienne qui évoquait les admirables prestations hors du temps d’André Previn avec le Philharmonique de Vienne. Un Haydn à l’opposé de la théâtralité de Lorenzo Coppola ou Jean-Christophe Spinosi, mais un Haydn princier, joué sans à-coups, avec des dosages superbes et une élégance suprême par les musiciens de l’OSM.

Un somptueux Concerto pour orchestre

Le niveau atteint par le pianiste George Li a été une grande surprise. Le 2e Prix du Concours Tchaïkovski 2015 est doté d’une forte personnalité. Il utilise la forme très éclatée du 1er Concerto de Liszt pour en livrer une interprétation très rhapsodique et imaginative changeant rapidement d’atmosphère avec une créativité pertinente et non aléatoire. La percussivité, la netteté, le perlé du jeu rappellent Byron Janis qui, jadis, enregistra l’œuvre en pleine nuit à Moscou avec Kondrachine et ses musiciens pour un disque de légende. Li prend beaucoup de risques avec les tempos rapides, mais ils sont assumés. MTT et l’OSM ont suivi ce pianiste fantasque avec complicité.

Mais le bouquet est venu après la pause, dans le Concerto pour orchestre de Bartók, un pur bijou qu’il fut jubilatoire de suivre avec la partition. MTT a restauré ce chef-d’œuvre à sa pleine grandeur et vérité en faisant observer les dynamiques, les climats, les textures (une entrée des violons dolce sur une indication tranquillo dans le finale glaçait littéralement le sang) et l’esprit des mouvements. Quel merveilleux allegretto dans le 4e mouvement, dont l’alliance de l’allant dans la conduite et de calmo dans l’esprit tenait du miracle.
 

Tout cela éclipsait largement les nombreuses confusions que nous avions entendues de la part de Kent Nagano dans cette œuvre en octobre 2017, dans un concert assez mal préparé, qui plus est à la veille d’un déplacement au Carnegie Hall de New York.

Au vu de la publicité qui fuse tous azimuts sur le Web et de la présence de quelques « touristes musicaux » qui applaudissaient et toussaient n’importe où et n'importe comment, il doit probablement rester des places à vendre. Ne pas manquer, donc, un pareil événement ce soir.

Michael Tilson Thomas dirige pour la première fois à Montréal

Haydn : Symphonie n° 81. Liszt : Concerto pour piano n° 1. Bartók : Concerto pour orchestre. George Li (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Michael Tilson Thomas. Maison symphonique de Montréal, mercredi 22 mai 2019. Concert enregistré par Medici.tv Reprise ce soir.