«Réflexions sur la vie»: un grand projet prend son envol

L’unité est donnée par le cadre visuel, créé par Normal Studio de Montréal. L’idée majeure: un rideau place l’orchestre dans une sorte d’aquarium et sert aussi à dupliquer la surface de projection.
Photo: Fred Cattroll L’unité est donnée par le cadre visuel, créé par Normal Studio de Montréal. L’idée majeure: un rideau place l’orchestre dans une sorte d’aquarium et sert aussi à dupliquer la surface de projection.

Trois ans presque jour pour jour après sa création, Alexander Shelley et Christopher Deacon, directeur du Centre national des arts, réalisaient leur rêve d’exporter Life Reflected (Réflexions sur la vie), œuvre en quatre parties sur quatre destinées de femmes véhiculant des valeurs ou réflexions sur l’existence : la nouvelle Dear Life d’Alice Munroe, l’histoire d’Amanda Todd, tragique suicidée victime de cyberintimidation, l’aventure spatiale de Roberta Bondar et I Lost My Talk, poème de Rita Joe sur les pensionnats autochtones.

Les impressions ressenties à la création demeurent intactes. Les styles compositionnels sont très divers. Un contemporain escarpé et intransigeant pour Di Castri ; un humanisme enveloppant, édulcorant presque, pour Morlock ; un fantasque assez futile mais ludique de Nicole Lizée sur Roberta Bondar, et d’ores et déjà un chef-d’œuvre patrimonial de la musique canadienne signé John Estacio sur le poème de Rita Joe.

L’unité est donnée par le cadre visuel, créé par Normal Studio de Montréal, qui a su, depuis 2016, miser sur cette expérience pour se faire une réputation dans le milieu orchestral et classique. L’idée majeure : un rideau place l’orchestre dans une sorte d’aquarium et sert aussi à dupliquer la surface de projection.

Cette première présentation de Life Reflected (Réflexions sur la vie) hors du Canada apporte trois enseignements. D’abord, que l’œuvre est exportable : le public l’a appréciée et lui a fait un accueil chaleureux (nettement plus qu’un succès d’estime). Ensuite, que l’œuvre tient en bloc malgré son inégalité et les aspects kitsch de la 3e partie (Bondar-Lizée). Enfin, que la saisissante partie finale, I Lost My Talk, qui aurait pu nous émouvoir en 2016 par le contexte de Vérité et réconciliation, est toujours aussi émouvante trois ans plus tard.

Avec le projet Life Reflected, le Centre national des arts a apporté au patrimoine musical et culturel du pays une contribution majeure. Voir ce patrimoine transformé vendredi en outil de diplomatie culturelle, et salué comme tel par l’ambassadrice Isabelle Hudon, était émouvant, parce que courageux. Succès mérité, d’autant que sur le plan de la réalisation les diverses reprises depuis 2016 ont amené l’orchestre du CNA et ses solistes à un niveau d’engagement et de finition rarement atteint dans l’interprétation de la musique de notre temps.

Christophe Huss est l’invité de l’Orchestre du CNA à l’occasion de sa tournée européenne.

Life Reflected — Réflexions sur la vie

Oeuvre multimédia sur des compositions de Zosha di Castri, Jocelyn Morlock, Nicole Lizée et John Estacio. Productrice du contenu créatif et metteure en scène : Donna Feore. Design visuel et scénique : Studios Normal (Montréal). Erin Wall (soprano), Monique Mojica (comédienne), Orchestre du Centre national des arts, Alexander Shelley. Vendredi 17 mai 2019.