Les sessions charlevoisiennes de Philémon Cimon

Philémon Cimon a puisé dans les récits de sa grand-mère pour écrire deux chansons, «Le chien le coq le cheval» ainsi que «Le château». Son nouvel album compte aussi une vieille chanson charlevoisienne qui s’appelle «Les Éboulements».
Photo: Valérian Mazataud Le Devior Philémon Cimon a puisé dans les récits de sa grand-mère pour écrire deux chansons, «Le chien le coq le cheval» ainsi que «Le château». Son nouvel album compte aussi une vieille chanson charlevoisienne qui s’appelle «Les Éboulements».

Avec son quatrième et plus récent album, Philémon Cimon vient de donner un grand coup de gouvernail à son travail musical. Ce nouveau Pays, c’est un petit tremblement de terre, si on peut dire, doublé d’un retour à cette même terre. Le sol de son enfance, Charlevoix.

« Je cherche un pays à nommer / Je veux me nommer », chante Philémon sur la pièce Les pommiers envahis, un morceau qui donne le ton à ce disque bien différent de L’été et de Les femmes comme des montagnes.

C’est assis à sa table de cuisine, dans son petit appart lumineux, que Philémon ouvre les vannes pour raconter la « démarche » — le mot est de lui — derrière les onze morceaux lancés de manière indépendante.

« J’ai commencé à être tanné d’écrire sur des histoires d’amour qui ne marchent pas. C’est drôle pendant un bout, mais c’est toujours la même histoire, constate-t-il. Et l’idée de se victimiser, dans mon cas par rapport à une femme, à la longue ça devient un peu ridicule. Ça peut être une position temporaire, mais sur le long terme, c’est un peu décider de en pas prendre ses responsabilités. »

Voilà pour le contexte. Mais de quoi parler, alors ? Où puiser ? La réponse est d’abord venue par le son, par la façon d’enregistrer la musique. En travaillant sur une chanson avec la jeune artiste Pomme, les deux ont décidé d’immortaliser la pièce dans l’appartement de Philémon, justement. Bien que la pièce ne soit pas faite pour ça, malgré les petits bruits des voisins ou de la rue.

« Je me suis dit : je m’en fous. J’ai juste envie d’être en rond et de jouer de la musique avec du monde et que la chanson ne soit rien d’autre que ça. J’avais besoin de revenir à une base solide. Ç’a commencé par le son, et ça s’est transformé dans la thématique. Mais dans le fond, c’était toujours le même élan de retourner à quelque chose de tangible, qui résonne vraiment à l’intérieur de moi. »

Cette vibrante thématique, c’est donc le pays. Mais pas le pays politique, plutôt celui avec lequel on est lié de façon affective. Dans le cas de Philémon, ce pays c’est Saint-Joseph-de-la-Rive, c’est L’Îsle-aux-Coudres, c’est Charlevoix. C’est la patrie de sa grand-mère Lucile.

« C’est pas coolcool ! » concède en riant le chanteur au look de mousquetaire. Cette matière première, Cimon l’a toujours trouvée « impropre au dire, ou inintéressante, banale ». Mais c’est là où Pays marque une vraie fracture.

« C’était pourtant l’affaire la plus sensible en moi, raconte-t-il. Et quand je suis rentré là-dedans, j’ai eu l’impression que c’était infini et je me suis beaucoup intéressé à ça, je suis allé plus loin et plus loin tout le temps. »

Ethnologie poétique

Philémon Cimon a d’abord puisé dans les récits de sa grand-mère pour écrire deux chansons, Le chien le coq le cheval ainsi que Le château. Pays compte aussi une vieille chanson charlevoisienne qui s’appelle Les Éboulements — et chantée par la même grand-mère —, en plus d’un titre que le musicien a entendu à la messe toute sa jeunesse, La chanson de Saint-Joseph-de-la-Rive, composé par son oncle en 1968.

Ses recherches l’ont mené au cinéma, celui de Pierre Perrault, celui de Michel Brault, aux enregistrements de Marius Barbeau. Il s’est aussi plongé dans les livres classiques, de Menaud, maître-draveur aux Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé en passant parMaria Chapdelaine et même les récits de Jacques Cartier. Quelque part autour flottait aussi Félix Leclerc, un autre fervent de son coin de pays. Cimon parle d’ethnologie avec une approche poétique.

Écoutez Latte Chumey de Philémon Cimon

 

« Une des choses que j’ai remarquées, c’est qu’avant de faire ce disque, j’ai passé ma vie à m’imaginer qu’il n’y avait rien à découvrir ici, que je devais aller en Espagne pour aller trouver une histoire, qu’il fallait que j’aille à Cuba pour trouver une histoire. Mais du moment où je me suis mis à plonger là-dedans, j’ai vu à quel point c’était riche. Riche différemment. »

Approche sonore

C’est justement par son premier disque, Les sessions cubaines, que Philémon Cimon s’est fait connaître. Et Pays, par son approche sonore, ressemble un peu à cet album, beau par son imperfection, ses mélodies fragiles et ses prises de son directes.

Pays a été enregistré sur ruban en partie chez Philémon, mais aussi dans une petite église de Saint-Joseph-de-la-Rive et une chapelle de Port-au-Persil, dans des conditions de brousse. Avec Philémon se sont retrouvés assis en rond les musiciens Nicolas Basque, Adèle Trottier-Rivard et Josianne Boivin.

« Ça fait que, quand il y a des erreurs, on ne peut pas vraiment les enlever. Ça va craquer un peu, c’est certain, mais ce que j’aime de ces enregistrements, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de mensonges. »

Possession

Il y a quelques mois, l’étiquette de disque de Philémon, Bonsound, a décidé de ne pas chapeauter le nouveau disque, une déception qui s’est mutée en occasion pour l’auteur-compositeur-interprète.

Il a bien cogné à la porte de quelques boîtes, mais il a préféré au final se lancer de manière autonome, car on lui demandait d’abdiquer ses droits sur ses morceaux.

« Tu peux faire des revenus sur mes tounes, mais pourquoi tu posséderais mes tounes ? Et c’est en lien avec mon envie de repossession aussi, de mon pays, de mon territoire, de mon affaire. C’est aussi non négociable que de taire le fait que je suis fier de venir de “Saint-Jos” et de L’Îsle-aux-Coudres. »

Comme le disait Vigneault : « Ma chanson, ce n’est pas ma chanson, c’est ma vie. »

Pays

Philémon Cimon, Indépendant. En magasin le 24 mai.