La chef Karina Canellakis à Montréal… sans Daniil Trifonov

La chef Karina Canellakis en était à un premier passage dans la métropole québécoise.
Photo: Antoine Saito La chef Karina Canellakis en était à un premier passage dans la métropole québécoise.

Pour la première visite de la chef Karina Canellakis dans la métropole québécoise, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) déroulait le tapis rouge : trois représentations d’un programme ambitieux avec pour soliste nul autre que le Russe Daniil Trifonov, nouveau chouchou de la planète piano. Seulement, ce dernier, victime d’un malaise tout juste avant le concert de mercredi, a dû annuler sa prestation. Soigné à l’Institut de cardiologie de Montréal et apparemment rétabli, Daniil Trifonov devait cependant monter sur scène jeudi et vendredi.

En son absence, l’Orchestre et la chef ont interprété mercredi, sans répétition préalable, la Symphonie no 4 de Tchaïkovski. Le programme s’ouvrait avec deux extraits de l’opéra Tristan et Isolde de Richard Wagner, le prélude et l’air Liebestod, entendu comme souvent au concert sans sa partie vocale. Il manquait à l’interprétation d’hier la tension et le caractère inéluctable du drame. Ici, nul tourbillon et nul précipice une fois les sommets franchis : le spectre dynamique de l’orchestre apparaissait comme compressé et l’élan rythmique tangible dans les grands forte s’estompait dans les passages plus calmes, sans compter quelques moments d’instabilité sur le plan de l’intonation.

Unique oeuvre d’envergure dans la production du maître polonais Witold Lutoslawski (1913-1994) à s’appuyer sur des mélodies traditionnelles, le Concerto pour orchestre vise, comme celui de Béla Bartók plus fréquemment joué, à faire valoir les qualités de l’orchestre, ses différents groupes, ses solistes et son chef. De cette oeuvre qui trahit aussi les influences de Debussy, de Stravinski et de Prokofiev, Karina Canellakis et l’OSM ont donné une lecture convaincante et engagée qui a soulevé l’enthousiasme du public.

Il est toutefois dommage que cet engagement se soit parfois manifesté, dans une oeuvre qui ne manque certainement pas de moments d’intensité, de manière bruyante : le travail des bois et des claviers était trop souvent masqué et, de manière générale, les textures ultraraffinées ? sur les plans de l’orchestration et de l’harmonie ? et les échanges virtuoses entre les sections en étaient réduits à leurs éléments les plus immédiatement saillants.

Même en sachant que les musiciens de l’OSM ont derrière la cravate des dizaines de Tchaïkovski et que leur niveau de maîtrise individuelle leur permet d’aborder sans préparation des oeuvres comme la Symphonie no 4, il demeure impressionnant d’entendre des performances du niveau de celle d’hier. La cohésion de l’ensemble, la beauté des pupitres et bien souvent le plaisir : tout y était.

Dans cette réussite, l’apport de Karina Canellakis, invitée dans les dernières années à diriger les plus grands orchestres du monde, nous apparaît difficile à évaluer. Certes, elle connaissait la partition et se lancer sans préavis dans pareille aventure nécessite un certain aplomb, mais l’Orchestre jouait bien souvent seul et, plus tôt dans le Concerto pour orchestre, dictait ses tempos. Il faudra observer l’évolution de cette relation jeudi soir et vendredi, avec Trifonov.

Le 3e Concerto de Rachmaninov

Wagner : Tristan et Isolde, Prélude et Liebestod. Lutosławski : Concerto pour orchestre. Tchaïkovski : Symphonie no 4. Orchestre symphonique de Montréal, Karina Canellakis (chef), Maison symphonique de Montréal, le mercredi 15 mai 2019.