Against Me! contre vents et marées

La chanteuse Laura Jane Grace et son groupe Against me! se produiront à Montréal demain dans le cadre du festival Pouzza.
Photo: Theo Wargo Agence France-Presse La chanteuse Laura Jane Grace et son groupe Against me! se produiront à Montréal demain dans le cadre du festival Pouzza.

Against Me ! se passe de présentations. Dix-sept ans après la sortie de son premier album, le quatuor floridien mené par la « True Trans Soul Rebel » Laura Jane Grace se prépare à enregistrer son huitième album. Le Devoir a parlé avec sa chanteuse, à quelques jours de la consommation du mariage de raison du groupe avec le festival Pouzza.

« J’arrive pas à croire qu’on n’ait jamais fait le Pouzza plus tôt, parce que ç’a tellement de sens, dit Grace, jointe par téléphone chez elle à Chicago. J’adore Montréal et je viens souvent. Je suis vraiment curieuse de voir le festival, je suis impatiente d’en faire l’expérience. En plus, Hugo [Mudie, l’organisateur] est un vieil ami. Je vais emmener ma fille, il y a une division jeunesse, c’est une belle interprétation du concept des “concerts tous âges”. »

Alors que vient de prendre fin une tournée de sept semaines de son projet solo, Laura Jane Grace & the Devouring Mothers, voilà donc qu’Against Me ! reprend la route. « C’était un peu ça, le plan, à la base, de faire des tournées un peu chacun de notre côté, puis de se retrouver, puis de travailler sur un nouvel album d’Against Me !. En fait, cet été, le groupe joue des shows tous les week-ends. »

Après tant d’années à mener le combo punk-rock d’allégeance anarchiste, Grace croit qu’il est important d’alterner les projets. « J’ai fait une assez longue pause d’Against Me !, et ça permet de maintenir une certaine fraîcheur. C’est périlleux à faire, mais c’est important. » Les Devouring Mothers ont fait paraître Bought to Rot à l’automne dernier, un album libérateur aux accents pop-punk qui a permis à l’artiste d’explorer au-delà de ses thématiques habituelles.

Coming out

Être à la fois le visage et la voix d’un des groupes les plus connus de sa niche et d’une cause qui gagne chaque année en visibilité doit effectivement demander de l’énergie. Parfois, il faut faire naître autre chose. Il faut dire que la route n’a pas toujours été facile. Le groupe a vu défiler son lot de batteurs à travers les années, a essuyé les critiques pour être passé aux majors en 2007, et aurait très bien pu se séparer lorsque la chanteuse a annoncé publiquement son identité trans.

« Je ne pourrais pas décrire le sentiment que procure le fait d’être dans le même groupe depuis 20 ans, c’est la seule chose que je connais. Si on le résume au maximum, c’est comme recevoir un coup de pied dans l’estomac, beaucoup de douleur. »

Avec l’annonce de sa dysphorie de genre en 2012, Laura Jane Grace est devenue l’un des premiers personnages médiatisés à imposer le sujet des droits des personnes trans dans le discours public. Et la scène de laquelle elle est issue, aujourd’hui plus ouverte aux minorités sexuelles, était encore à l’époque dominée par un casting de jeune homme blanc hétérosexuel en colère — parfois contre les femmes. « Quand j’ai fait mon coming out en 2012, il y avait un mouvement déjà en cours en matière de visibilité trans qui allait au-delà du punk-rock. C’était un grand moment de l’histoire trans. Je crois que, depuis, il y a réellement des choses qui ont changé en mieux, mais je crains toujours un certain contrecoup désormais quand je tiens ce discours en entrevue : je ne peux pas dire que ça s’est grandement amélioré pour les personnes trans parce que c’est faux. Pour le meilleur et pour le pire, le punk-rock est un reflet de la société dominante moderne. Et l’état de cette société en général est assez épeurant. »

Si plusieurs personnes marginalisées, trans ou autres, peuvent vivre au grand jour, ce n’est pas le cas partout et ce n’est pas le cas de tous, insiste l’artiste. Elle-même, malgré sa célébrité, n’est pas totalement libre. « Les choses ont changé, oui, mais ça ne veut pas dire que c’est devenu sécuritaire de déambuler dans la rue. Parfois, je suis cette personne d’Against Me !, et parfois je suis juste quelqu’un qui sent que la sécurité pourrait être un enjeu. »

Militantisme

Si Shape Shift With Me (2016) et Transgender Dysphoria Blues (2014), les deux derniers albums d’Against Me ! — les deux fait depuis la transition de Grace —, abordaient ouvertement le thème de l’identité de genre, le militantisme de l’auteure-compositrice-interprète va bien au-delà de ces questions. « Je suis parent et j’ai très peur. Hier, j’ai lu un article disant qu’il ne nous restait que douze ans pour régler les problèmes environnementaux avant l’effondrement total. C’est tellement éperdument réel et effrayant tout ça. Je crois que le punk-rock, c’est prendre ces émotions de colère et de peur et en faire quelque chose de joyeux. Au moins, quelque chose de cathartique, même juste pour soi-même. De mon côté, j’ai toujours été moi-même et écrit pour moi-même, seulement personne ne savait que j’étais moi. Je ne sais qu’écrire de la perspective d’une personne transgenre. »

Against Me ! sera au festival Pouzza demain au parterre du Quartier des spectacles à 21 h 20.