Alexander Shelley connecte de jeunes musiciens de Londres et d'Ottawa

Alexander Shelley a lancé un ambitieux programme de 60 activités éducatives au Royal College of Music de Londres.
Photo: Fred Cattroll Alexander Shelley a lancé un ambitieux programme de 60 activités éducatives au Royal College of Music de Londres.

Dans le cadre de la tournée européenne de l’Orchestre du Centre national des arts, qui s’est entamée dimanche soir au Saffron Hall de Cambridge, un ambitieux programme de 60 activités éducatives a été lancé au Royal College of Music de Londres, lundi par Alexander Shelley en personne.

« Transcender les distances grâce à la collaboration » était le mot d’ordre de « ConeXXions 2019 », un événement réunissant d’une part, à l’Amaryllis Fleming Concert Hall du célèbre Royal College, le Youth Concert Band & String Chamber Orchestra et, en duplex vidéo, en direct d’Ottawa l’ensemble OrKidstra. Chaque formation a présenté son savoir-faire avant que, par les moyens technologiques, les deux ensembles se réunissent dans une pièce finale.

Pédiatrie sociale

Ce qui est remarquable, c’est qu’un tel dialogue musical transatlantique puisse s’établir entre des ensembles qui, dans l’un et l’autre cas, travaillent aux vertus socio-éducatives de la musique dans des milieux peu favorisés. Il est intéressant de voir le nombre d’instrumentistes d’origine indienne dans la formation londonienne dirigée par Aessi Gunawardhana.

À Ottawa, le projet de développement social OrKidstra, porté par la mécène Dasha Shenkman, qui soutient les initiatives éducatives du CNA y compris lors de cette tournée, a encouragé depuis 2007 plus de 700 enfants âgées de 5 à 18 ans, de 62 langues maternelles différentes.

Alexander Shelley a rejoint Angela Hewitt comme ambassadeur d’OrKidstra en 2016. Il était ému de voir ses protégés échanger avec les musiciens anglais, encadrés par des professionnels de son autre orchestre, le Royal Philharmonic. Ému aussi de raconter aux jeunes que ses parents, alors étudiants, étaient tombés amoureux dans un escalier il y a plus de quatre décennies à quelques encablures de la salle !

Invitée de cette réunion, la trompettiste vedette Alison Balsom, qui a joué imperturbablement Syrinx sous les assauts sonores d’un marteau-pilon — peut-être brièvement échappé d’un atelier de « recherche musicale », comme on dit —, a livré un témoignage émouvant sur son expérience éducative dans un endroit si tendu qu’il fallait préciser aux élèves de laisser leurs armes au vestiaire. « Empathie, joie et écoute » ont remplacé en quelque temps des valeurs très différentes.

L’autre excellente idée de l’après-midi fut d’y associer la pétillante violoniste Esther Abrami, jeune Française, originaire d’Aix-en-Provence, étudiante du Royal College, et vedette classique des réseaux sociaux, avec 170 000 abonnés Instagram. Cherchant à « documenter le cheminement qui mène à devenir musicien », Esther dit au Devoir avoir majoritairement un public de son âge, qu’elle encourage à persévérer dans la pratique instrumentale. Mais le phénomène a aussi des retombées personnelles immédiates, puisqu’il lui permet un début de carrière. Esther nous avoue qu’elle jouera prochainement à « Paris, à Vienne et au Mexique ».

Incroyable après-midi, qui a vu la technologie au service du dialogue culturel de jeunes peu favorisés et nous a montré dans quelle mesure cette même technologie sert à la fois d’outil de motivation pour des inconnus et de promotion personnelle des jeunes artistes.

La profession, qui n’est jamais à court d’idées, a déjà une terminologie pour cela, surtout en France, où, en musique et au cinéma, les promoteurs déterminent désormais à partir des réseaux sociaux à quel point un artiste est « bankable », comme ils disent élégamment.

On est très loin de la pédiatrie sociale, mais en une heure les raccourcis sont parfois vertigineux.

Christophe Huss est l’invité de l’Orchestre du CNA à l’occasion de sa tournée européenne.