Du jazz à deux pas de Notre-Dame

Au Paris Jazz Corner, magasin situé entre le Jardin des plantes et la place de la Contrescarpe ne vend, comme son nom l’indique, que du jazz et seulement du jazz. Tout le rez-de-chaussée est archidominé par les vinyles, les CD ayant été rassemblés au sous-sol.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Au Paris Jazz Corner, magasin situé entre le Jardin des plantes et la place de la Contrescarpe ne vend, comme son nom l’indique, que du jazz et seulement du jazz. Tout le rez-de-chaussée est archidominé par les vinyles, les CD ayant été rassemblés au sous-sol.

Allons-y avec une question qui n’a rien de piégé malgré sa tonalité éminemment économique : quel est le premier marché du jazz par personne au monde ? On donne sa langue au chat ? Bien. Réponse : la France devant le Japon, la Suède, l’Allemagne et les États-Unis. On insiste, bon an, mal an, nos voisins du Sud sont en quatrième ou cinquième place, jamais au premier rang.

Il va sans dire qu’à Paris, tout ce qui fonde un réseau digne de mention est présent : des clubs, des disquaires, des festivals dans la capitale et dans les départements alentours et un contingent imposant de jazzmen américains qui habitent le lieu. Archie Shepp, David Murray, Kirk Lightsey, Leon Parker et bien d’autres sont citoyens de la ville de Queneau qui, entre Zazie dans le métro et Les exercices de style,avait écrit : Connaissez-vous Paris ?

Entre la programmation du festival Banlieues Bleus et l’affiche des « gros » clubs de la capitale, soit Le Duc des Lombards, le New Morning et le Sunset/Sunside, on a noté l’incroyable domination des musiques du monde et des hommages. Il y a inflation d’hommages. À Jackie McLean, à Cannonball Adderley, etc. Dans le cas des Banlieues Bleus, qui se déroulent chaque année en mars et avril, le jazz occupait la portion congrue au profit de formations originaires d’Égypte, d’Éthiopie, du Maghreb et autres pays de ce qu’on appelle l’Afrique noire.

En fait, si vous êtes de passage dans les environs, et si évidemment vous avez envie d’écouter du jazz dans un cadre tranquille sans être pépère, on vous suggère de prendre la direction du 38 Riv, du Baiser salé ou du Caveau de la huchette. Car figurez-vous que le club favori de Boris Vian, le plus ancien des clubs, a toujours pignon sur rue en plein coeur de Saint-Germain-des-Prés.

Cela étant, on a été frappé, voire subjugué par la place accordée à nouveau aux vinyles. Pour être certain de ne pas avoir été frappé par la berlue à la FNAC des Halles, on est allé vérifier dans d’autres FNAC pour constater que si les CD occupent toujours une bonne place, celle-ci se réduit passablement au profit des 33 tours.

Mieux ou pire, c’est selon, au Paris Jazz Corner, magasin situé entre le Jardin des plantes et la place de la Contrescarpe et qui, comme son nom l’indique, ne vend que du jazz et seulement du jazz, tout le rez-de-chaussée est archidominé par les vinyles, les CD ayant été rassemblés au sous-sol.

Quoi d’autre ? Le plus important : Henri Texier. Le contrebassiste et patron d’une des meilleures formations du Vieux Continent depuis un demi-siècle, l’ex-accompagnateur de tous les grands de passage à Paris, vient de sortir un nouvel album orné comme le précédent d’un collage réalisé par Jacques Prévert et baptisé Le mouvement des marées. Paru sur l’étiquette Label Bleu, cet album s’intitule Sand Woman.

Il a été réalisé en compagnie de deux saxophonistes, Sébastien Texier et Vincent Lê Quang, du guitariste Manu Codjia et du batteur Gautier Garrigue. Comme toujours avec Texier, le résultat est plein de surprises, notre homme ayant ramené de ses multiples voyages des saillies musicales qui font de ce Sandwoman une production exemplaire. Elle symbolise ce que le jazz made in Europe signifie.

En concert cette semaine

Samedi soir à compter de 18 h, Le Cheval Blanc propose une des meilleures formations jazz qui soit. Elle est tellement bonne, qu’on lui en veut. Beaucoup même. La raison est toute simple : la dernière fois que le saxophoniste Jean Derome, le contrebassiste Normand Guilbeault et le batteur Pierre Tanguay ont proposé un album, Mathusalem venait de naître…