Les personnalités de la chanteuse Petra Glynt

L’art-pop à l’esprit punk d’Alexandra Mackenzie, alias Petra Glynt, est dansant et affranchi.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’art-pop à l’esprit punk d’Alexandra Mackenzie, alias Petra Glynt, est dansant et affranchi.

À la veille de l’ouverture du déjanté Distorsion Psych Fest, qui récidive pour une quatrième année, Le Devoir a pris le temps de s’entretenir avec l’une de ses têtes d’affiche les plus intrigantes : l’auteure-compositrice-interprète, performeuse, artiste visuelle et productrice Alexandra Mackenzie, mieux connue sous son nom de scène Petra Glynt.

Attablée devant un café dans un établissement de la Petite-Italie, Alexandra Mackenzie, alias Petra Glynt, a une voix posée, une attitude pleine d’attention (« Merci tellement de vous intéresser à ce que je fais ! »). Son regard arpente la pièce quand elle cherche les bons mots. Elle présente sans conteste une aura d’artiste, mais sa réserve est loin de l’énergie enflammée et des envolées denses qu’elle présente sur disque et sur scène. « Quand je ne suis pas sur une scène, je suis un peu cachée, je peux presque devenir invisible, explique l’artiste, installée à Montréal depuis trois ans. Quand j’embarque sur scène, je ne veux pas dire que je prends vie, mais je deviens certainement animée. C’est le jour et la nuit. »

Ce sens du spectacle n’est pas une acquisition récente. Mackenzie est habituée aux planches depuis l’enfance : « Je joue depuis que je suis petite et je crois que j’ai été un peu conditionnée à être une interprète, poursuit-elle. J’étais une enfant de comédie musicale. On m’a enseigné à faire de grands mouvements avec les bras, à avoir une présence imposante et forte, et tout ça. Je ne crois pas être aussi tape-à-l’œil maintenant, par contre ! Mais manifestement, j’ai un bouton interrupteur qui s’active quand j’embarque sur scène. »

Le privé est politique

Cette énergie survoltée qui se met en marche est le yin parfait au yang de ses chansons explosives et politiquement chargées. Artiste visuelle, Petra Glynt accorde une importance particulière à la façon dont elle se présente sur scène. Les vidéoclips, les pochettes d’albums, tout est fait par l’artiste elle-même. Les couleurs, les concepts et le foisonnement qui la caractérisent permettent de porter de façon festive un message toujours sérieux. Dansant et affranchi, son art-pop à l’esprit punk mêle rythmiques électroniques et prouesses vocales opéraesques. Sur My Flag Is a Burning Rag of Love, son plus récent album sorti à l’automne 2018, Mackenzie parle de perte de la vie privée (Surveillance), de culture du viol (New Growth) ou encore de la crise de l’eau à Flint (Health). Sentira-t-on autant cet esprit de contestation sur scène samedi ? « J’ai eu une année difficile, au niveau personnel, répond la chanteuse. Ça m’a permis de faire beaucoup de chemin et d’apprendre beaucoup. J’ai commencé à intégrer beaucoup plus d’éléments émotifs et personnels dans le nouveau matériel. Je n’avais pas envie d’être catégorisée seulement en fonction des chansons de protestation. J’ai donc un assortiment de chansons des deux premiers albums, très politiques, et j’insère un peu des nouvelles choses, plus près de moi. On va voir comment les gens vont réagir ! »

Récemment, l’artiste s’est mise à publier sur les réseaux de courtes vidéos d’elle en pleine session d’improvisation avec des machines analogues. Elle dit préparer le prochain album, et explore plein d’avenues pour cela. « J’aime beaucoup m’amuser avec ces nouveaux instruments. Je crois qu’ils auront une grande présence. C’est très tactile, comparativement à un simple logiciel, que j’utilisais jusqu’ici. » Sa voix, toujours très présente, grandiloquente, se fait plus parcimonieuse dans ces essais. Chanteuse de formation, elle dit vouloir laisser les chansons respirer.

Ce futur album, l’ancienne Torontoise dit y travailler, mais insiste sur le fait qu’elle prend son temps. « Ce sera peut-être dans un an, peut-être avant ? Ce dernier album a été vraiment fait rapidement et j’ai envie de prendre le temps qu’il faut cette fois. »

Le festival Distorsion se déroule de mercredi à samedi au sous-sol de l’Église du Mile-End. Petra Glynt s’y produit samedi à 1 h du matin.

Trois performances à surveiller pendant le festival

Saudade, mercredi, 19 h. Ce duo formé de Nela Paki et Marilou Lyonnais Archambault propose un assemblage de « dissonance construite par des lunes en Scorpion ». Si ce n’est pas déjà assez pour piquer la curiosité, on ne connaît rien qui le pourra. L’électro ambiant du duo, qui allie notamment harpe et bidouillages, lancera le festival sous le signe de l’hypnose.

And You Will Know Us By the Trail of Dead, jeudi, 21 h. Les vétérans prog-indie-proto-emo de Trail of Dead ne sont pas morts, non ! Cette année marque les vingt ans de la sortie de leur deuxième album, Madonna, qui avait fait connaître le groupe à l’international. Ils joueront Madonna dans son entièreté jeudi.

Lemongrab, vendredi, 0 h 30. Gaëlle Cordeau, Léonie Dishaw et Marilou Turgeon, réunies sous la bannière de Lemongrab, sont l’étoile garage rock de cette programmation. Leur premier album, It Doesn’t Sound Good but it Feels Awesome, disponible depuis janvier, est chargé d’une belle énergie insolente.