Tel punk, tel fils

Depuis 2010, Montréal accueille à la mi-mai le festival punk Pouzza Fest, qui, dès sa deuxième édition, a mis sur pied le volet extérieur Bambino, question d’accommoder les parents punk voulant traîner leurs enfants dans leur communauté musicale.
Photo: Mihaela Petrescu Depuis 2010, Montréal accueille à la mi-mai le festival punk Pouzza Fest, qui, dès sa deuxième édition, a mis sur pied le volet extérieur Bambino, question d’accommoder les parents punk voulant traîner leurs enfants dans leur communauté musicale.

« Enchanté, j’vous présente mon crabe de poche », dit le refrain de la pièce Crabe, du groupe punk-rock Les Goules. Keith Kouna, son chanteur à la voix criarde et nasillarde, livre ces mots absurdes sur des sons de batterie martelée et une ligne de guitare saccadée. Le genre de musique qu’on ne fait pas écouter à ses enfants ? Plutôt l’inverse. Parce que le punk, c’est aussi pour les tout-petits.

« Depuis longtemps avec Les Goules, je reçois des messages de parents, des petites vidéos où les gens me disent que les “flos” trippent sur Crabe, par exemple », raconte Keith Kouna.

S’il est lui-même père depuis un an et demi, Kouna traîne depuis près de cinq ans le projet de lancer un disque punk pour les enfants. Projet qui se concrétisera le 22 mai, sous le nom de Kid Kouna.

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le chanteur des Goules signe un album punk pour enfants sous le nom «Kid Kouna».

« Je pense qu’ils sont capables d’en prendre plus qu’on pense, dit celui qui a récolté des nominations à l’ADISQ pour ses disques solos Le voyage d’hiver et Du plaisir et des bombes. [Avec Kid Kouna], il y avait un désir de rester assez rock, avec une touche référentielle punky que j’ai comme adulte. Les enfants aiment ça quand ça rocke, quand ça groove avec du bon 4/4 », une rythmique très carrée et efficace.

Punk patrouille ?

Depuis 2010, Montréal accueille à la mi-mai le festival punk Pouzza Fest, qui dès sa deuxième édition a mis sur pied le volet extérieur Bambino, question d’accommoder les parents punk voulant traîner leurs enfants dans leur communauté musicale.

« Les enfants, ils accrochent au beat, ils ne comprennent pas les paroles, alors c’est juste du ludique, estime Hélène McKoy, qui a cofondé l’événement. Mais écoute, presque toutes les émissions pour enfants ont du punk comme générique. Tsé, la Pat’ Patrouille, c’est du punk à roulette des années 1990, les enfants trippent là-dessus parce que c’est entraînant. »

Le Pouzza Fest essaie d’intégrer plusieurs aspects de la culture punk dans son festival, et ce, même dans le volet pour les jeunes. « On fait des tatouages en peinture par exemple. Et on garde l’imagerie punk dans les dessins, plutôt que des papillons, des princesses ou des maquillages de fêtes d’enfant, souligne Hélène McKoy. Une année, on a même vendu des patchs et des vestes en jeans sans manches pour les enfants ! »

No Future ?

Mais au-delà du son, le punk traîne parfois sur son dos un message de rébellion, d’agressivité ou de noirceur, comme le veut le célèbre slogan No Future. Comment, alors, faire écouter une musique de contestation à des enfants à qui on répète mille fois par jour de respecter les consignes ?

Le musicien californien Mike Park, fondateur du label punk Asian Man et de son penchant pour enfants Fun Fun Records, a sa petite idée sur le sujet.

« Mon regard sur le punk a toujours été différent de ceux qui voient ça comme une musique violente. Pour moi, le punk a toujours été une musique de sagesse, de créativité, où on peut être soi-même. »

Park, qui fait partie de la prochaine programmation du Pouzza Fest avec son groupe Ogikubo Station, souligne l’importance de la philosophie de liberté et de débrouillardise du punk. « Si tu veux porter des bas de deux couleurs différentes, fais-le ! Si tu veux avoir les cheveux coiffés différemment des autres, vas-y ! C’est la liberté d’expression, la créativité. L’idée, c’est de ne pas mettre l’accent sur ce qui est populaire, mais ce qui te fait sentir bien. »

Rien n’empêche de parler, sur une musique punk, des lettres de l’alphabet ou des animaux, souligne Mike Park, qui a lui-même fait un disque solo pour enfants. « Ou alors essayer de leur faire la leçon : j’ai une chanson ska sur le fait de fermer les lumières, parce que je passais mon temps à demander ça à mes enfants ! »

Sur le disque de Kid Kouna, qui paraît de manière indépendante, les animaux sont aussi très présents, dont le raton Pat Fat Romeo et Mario le hérisson assez malchanceux. Les bêtes peuvent aussi servir à parler de valeurs, croit-il. « Tu peux passer par une chanson comme Picotine, où un chien se rebelle contre son maître, en préférant jouer avec son chum plutôt que de retourner à la maison. »

Transmission

Ces différentes manifestations punk pour les plus jeunes sont aussi au cœur d’un désir de transmission de la part d’une génération qui s’est définie avec cette musique et qui a maintenant l’âge d’être parent.

« C’est un prolongement de cette communauté punk qui vieillit ensemble », résume Mike Park. Hélène McKoy souligne une bonne part de nostalgie. « Tu veux montrer à tes enfants ce que tu écoutais quand tu étais jeune ! »

Sauf que dès que la marmaille franchit le cap des 9 ou 10 ans, les défis de transmission sont plus complexes, constate Mike Park, dont les enfants ont aujourd’hui 10 et 12 ans.

« J’essaie d’instiller les valeurs punk chez mes enfants, mais c’est très difficile ! Il y a beaucoup de pression sociale, ils veulent écouter ce que leurs amis écoutent, c’est pas si simple. Le résultat final est jamais exactement ce que je voudrais, mais tous les jours, j’essaie ! »

Kid Kouna // Pouzza Fest

Kid Kouna. Indépendant. À paraître chez certains disquaires et sur Bandcamp le 22 mai // Du 17 au 19 mai. Le volet Bambino se déroule le samedi 18 mai dès 10 h.