Finale des Francouvertes: la palme à O.G.B.

Aujourd’hui, la pop est rap, ingrédient essentiel à la recette d’O.G.B., qui, à sa manière, reprend le flambeau du gagnant de l’an dernier, le sextuor hip-hop LaF.
Photo: Frédérique Ménard-Aubin Aujourd’hui, la pop est rap, ingrédient essentiel à la recette d’O.G.B., qui, à sa manière, reprend le flambeau du gagnant de l’an dernier, le sextuor hip-hop LaF.

Cette finale des Francouvertes hier soir fut d’abord l’histoire d’une victoire annoncée, celle du septet O.G.B. qui n’a jamais cédé sa position de tête, acquise déjà à l’issue de la série préliminaire. Elle fut surtout celle d’une sacrée belle finale, une soirée musicale enrichie par le travail de trois beaux orchestres, un spectacle écartelé entre la prestance jazz-rap moderne des vainqueurs, la chanson rock’n’country de l’auteur-compositeur-interprète Alex Burger, arrivé deuxième, et le bluegrass-country des attachants néo-écossais P’tit Belliveau et les Grosses Coques, qui ont conquis la foule au Club Soda.

Une victoire pertinente que celle d’Original Gros Bonnet, qui souligne aussi la pertinence même du concours-vitrine à sa 23e édition. Bon an mal an, les Francouvertes prennent la température de l’eau dans laquelle baignent les nouveaux talents. Exemple : au tournant de la décennie, la nouvelle scène folk avait le vent en poupe, ici comme ailleurs sur la planète pop. Les gagnants du concours y faisaient écho : Bernard Adamus en 2010, les Soeurs Boulay en 2012, Les Hay Babies en 2013, un Philippe Brach encore vert et très près de ses racines chanson-folk en 2014, puis Dylan Perron et Élixir de Gumbo qui étiraient la sauce musiques de racines en 2015.

Aujourd’hui, la pop est rap, ingrédient essentiel à la recette d’O.G.B., qui, à sa manière, reprend le flambeau du gagnant de l’an dernier, le sextuor hip-hop LaF. O.G.B. possède toutefois cette singularité qui s’affirme avec force sur scène : chez ce groupe, la voix du MC Franky Fade, ses textes (majoritairement en français, les Francouvertes en font une obligation) ne sont pas un argument ayant plus de poids dans l’ensemble de la proposition musicale. Aussi charismatique soit-il, Franky Fade n’est pas davantage la star du groupe que son collègue ict, qui a offert deux longs et sentis solos de saxophone durant la performance. Ni du batteur Louis René, au jeu vif et malléable, purement jazz en ouverture, se retournant sur une rythmique trap contemporaine en cours de route.

Tant qu’à y être, et parce que Franky Fade insistait pour dire que ce groupe n’est pas l’affaire d’un rappeur accompagné par six musiciens, soulignons le travail des autres, GreenPiece aux synthés, John the Architect à la guitare électronique, Davinci Claude à la basse et DJ Sambé aux platines. Nous étions aux Francouvertes, mais nous nous sentions à une représentation à l’affiche du Festival international de jazz de Montréal — la vingtaine de degrés Celcius à l’extérieur aidant à nous transporter en été.

P’tit Belliveau et les Grosses Coques avaient ouvert la soirée en nous rappelant que le printemps était enfin arrivé, dans le ton comme dans le texte. Guitare, mandoline, banjo, basse et batterie qui soufflaient leur country comme une brise chaude dans le Soda. Ils avaient encore changé de costume, les coquins : tous en shorts et en chemises fleuries, prétextant que depuis leur succès en demi-finales, ils avaient élu domicile en Californie pour faire carrière, d’où ils arrivaient tout juste sans avoir pris le temps de changer de vêtements.

C’était doucement débile, et tellement sympathique, les interventions du P’tit Belliveau comme leurs airs country exécutés avec doigté. La foule riait, tapait des mains et agitait de petits drapeaux acadiens distribués sur les tables, que le chanteur et joueur de banjo originaire de baie Sainte-Marie avait bricolés sur une terrasse dans la journée.

Dernier à se produire, Alex Burger avait ajouté un percussionniste/batteur à sa formation, qui a eu le mérite de donner de la couleur aux orchestrations. L’auteur-compositeur-interprète avait décroché le troisième et dernier ticket pour la finale au terme de la précédente série, il améliore son score en terminant deuxième de la grande finale grâce à une performance nettement mieux rodée, plus rock et groovy encore que ce qu’il nous avait précédemment présenté. Sa présence sur scène fut à nouveau magnétique.