Le NEM frappe fort pour ses 30 ans

Lorraine Vaillancourt, fondatrice et directrice musicale du Nouvel Ensemble Moderne
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Lorraine Vaillancourt, fondatrice et directrice musicale du Nouvel Ensemble Moderne

C’est devant un parterre de la salle Claude-Champagne bien garni que le Nouvel Ensemble Moderne marquait vendredi, au jour près, le 30e anniversaire de son premier concert. Carol Bergeron avait alors écrit dans Le Devoir (5 mai 1989) que Lorraine Vaillancourt impressionnait « par la qualité exceptionnelle d’une direction musicale qui conjugue précision, intelligence et sensibilité ». Trente années — et dans les discours liminaires, on a senti l’intensité des combats et de la persévérance — n’ont ni entamé ni démenti ces vertus cardinales. « Le désir de faire de la musique est intact », a déclaré Lorraine Vaillancourt, vendredi, au public qui l’a chaleureusement applaudie.

Une association bénéfique

Le sens du programme était de montrer que la musique contemporaine peut aussi devenir une musique de répertoire. C’est la vocation et l’esprit du NEM de reprendre des oeuvres marquantes qui peuvent aspirer à ce statut. L’idée majeure et fort judicieuse pour marquer les auditeurs a été de s’associer avec un autre ensemble d’élite de l’Université de Montréal, mû par la même éthique : l’ensemble de percussions Sixtrum.

Le coup de poing pour secouer les consciences a été la Lettre posthume de Conrad de Michel Longtin, oeuvre pour orchestre de chambre et sept percussionnistes sur le destin d’un homme frappé par le sort (sa mère tuée d’une balle, sa femme morte, lui atteint d’un cancer du cerveau). Les percussions s’acharnent comme autant de coups sur le crâne, sur ce qui émerge d’une comptine enfantine ou un rayon de bonheur. À la fin, les instrumentistes, à bout de forces, sortent, vaincus.

Ce segment rude et fort a été suivi de Déserts de Varèse, toujours aussi déconcertant près de 60 ans après sa révision, avec cette bande aux bruits étranges s’immisçant dans le tissu de 15 instrumentistes et de 47 instruments à percussion. Cette oeuvre aride et énigmatique a été précédée par la projection d’un précieux documentaire dans lequel de grands compositeurs et créateurs parlaient de Varèse dans les années 1960.

Journey of the Magi de James Wood reprend le même dispositif que Longtin, mais avec un jeu sur la disposition des sources sonores et un propos plus diffus dont on ne voit pas le rapport avec le contexte, à moins que dans leurs présents, au lieu d’or, d’encens et de myrrhe, les mages eussent trafiqué des substances illicites particulièrement dopantes et stimulantes pour susciter pareille frénésie.

Grand concert du 30e anniversaire

Michel Longtin : Lettre posthume de Conrad (2000). Edgard Varèse : Déserts. James Wood : Journey of the Magi (2000). Nouvel Ensemble Moderne, Lorraine Vaillancourt. Salle Claude-Champagne, vendredi 3 mai 2019.