Un univers de sonorités

Le pianiste Jean-Philippe Collard
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Le pianiste Jean-Philippe Collard

L’Orchestre symphonique de Montréal accueille cette semaine son artiste en résidence, le pianiste français Jean-Philippe Collard, mis à contribution dans Oiseaux exotiques de Messiaen et le Concerto en sol de Ravel.

Dans Messiaen, orchestré pour piano, onze vents et diverses percussions, le piano est un contributeur essentiel aux piaillements et autres pépiements d’une quinzaine de minutes. L’optique sonore du concert, avec un piano en fond de scène, proche de la section de percussions, se démarque fortement de l’expérience de l’oeuvre au disque, par exemple dans la version Crossley-Salonen, où le piano apparaît davantage comme un soliste, un « oiseau majeur » entre tous.

Jean-Philippe Collard s’ajoute à la longue liste des pianistes qui nous jouent le Concerto en sol année après année, oeuvre admirable certes mais dont la récurrence commence à faire désespérer quand on pense à la Ballade de Fauré, à Aubade de Poulenc, aux Djinns de Franck, voire à la Fantaisie pour piano et orchestre de Debussy (pour ne pas parler des obscurs) que l’on n’entend jamais. Heureusement, on n’a plus à subir dans cette partition des vedettes qui s’égarent dans des langueurs hors de propos.

Jean-Philippe Collard a le style, même s’il teinte le 2e volet d’une légère amertume qui le fige légèrement. Par contre, malgré d’excellents solos de John Zirbel (cor) dans le 1er volet et de Pierre-Vincent Plante (cor anglais) dans le second, on continue à se poser des questions sur l’accompagnement de l’OSM, questions déjà soulevées lors de l’accompagnement de Marc-André Hamelin. C’est comme si cette partition « trop connue » entraînait des erreurs d’inattention ou si son côté parfois canaille virait en débordements non contrôlés.

En seconde partie, Kent Nagano a cherché à imprimer sa marque sur Les planètes de Holst. Il le fait non pas sur la nervosité des phrases musicales et les caractères tranchés (version Dutoit au disque), mais sur la recherche de sonorités ou d’articulations. Deux excellentes images pour résumer la démarche : le début, avec un travail étudié sur les archets, et la fin, avec une véritable évaporation sonore des voix des Petits Chanteurs du Mont-Royal, plébiscités ensuite par une chaleureuse et légitime ovation.

Kent Nagano vise vraiment les alchimies sonores et la saturation harmonique. Il le prouve à la fin de « Jupiter » : la manière dont sonne le fortissimo (qui plus est dans la Maison symphonique, ici à son meilleur) est très différente de celle de l’enregistrement de Charles Dutoit, coté aujourd’hui encore parmi les références, pour d’ailleurs des moments de grande finesse également, tel Saturne, le porteur de vieillesse. L’univers de Kent Nagano est parfois plus sage et ordonné (« Uranus »), mais intéressant.

«Les planètes» de Holst

Messiaen : Oiseaux exotiques. Ravel : Concerto en sol. Holst : Les planètes. Jean-Philippe Collard, Petits Chanteurs du Mont Royal, OSM, Kent Nagano. Maison symphonique, mardi 30 avril 2019. Reprise dimanche à 14 h 30.