Ma première Place des Arts, la finale: vingt-cinq ans d’avancement

Mélodie Spear (ci-dessus), fougueuse et insaisissable, l’a emporté chez les auteurs-compositeurs-interprètes, Mélanie Forgues s’est distinguée parmi les interprètes et le groupe Réglisse Noire a été préféré au tandem Les Jacks.
Photo: Michel Parent Mélodie Spear (ci-dessus), fougueuse et insaisissable, l’a emporté chez les auteurs-compositeurs-interprètes, Mélanie Forgues s’est distinguée parmi les interprètes et le groupe Réglisse Noire a été préféré au tandem Les Jacks.

Mardi soir à la Cinquième Salle. Ambiance de retrouvailles. Ma première Place des Arts, le concours de chanson de la SACEF (la Société pour l’avancement de la chanson d’expression française, ça mérite d’être rappelé), vit sa vingt-cinquième finale. Vingt-cinq éditions, mazette ! J’essaie de me souvenir de chacune, je n’y arrive pas sans liste. Des noms surgissent, Philippe Noireaut, Mario Peluso, Nicola Ciccone, Moran, Linda Racine, Sophie Beaudet, Stéphanie Boulay (avant les Sœurs !), Philippe Brach, Alexandre Désilets. C’est peu, sur le nombre, et c’est beaucoup en même temps.

Il est là, Alexandre, je l’ai aperçu au cocktail dînatoire. Je l’entends encore pousser les premières notes de J’échoue. En quelle année, déjà ? Chavirés, nous fûmes. C’était patent, ce talent. On avait la certitude d’une suite pour ce chanteur exceptionnel : c’est arrivé. Est-ce que ça arrivera pour les lauréats de cette année ? Ça se peut. On leur souhaite le monde, même si le monde de la chanson semble aujourd’hui bien plombé, fragilisé, fragmenté à l’extrême. Souhaiter moins que le monde serait trop triste.

Photo: Michel Parent Mélanie Forgues

Ils ont été dûment célébrés mardi soir, les participants, avec raison : applaudissons-les, ce sont des braves et des passionnés. Les lauréats ? Mélodie Spear, fougueuse et insaisissable, l’a emporté chez les auteurs-compositeurs-interprètes, Mélanie Forgues s’est distinguée parmi les interprètes, le groupe Réglisse Noire a été préféré au tandem Les Jacks. Mentionnons les autres finalistes, c’est la moindre des choses : Marie-Kim et Maryline Joly, Antoine Aspirine et Guillaume Aubertin.

La bonne formule

La formule est passablement la même depuis que Robert Maltais créa la SACEF et son concours. On n’a pas cédé à la tentation du grand prix toutes catégories confondues, comme cela se pratique à Granby. Le concours est demeuré modeste, même si la télé a imposé son cadre (trois émissions sont enregistrées à la queue leu leu, ça gêne un peu le déroulement, mais pas trop). Les titres choisis par les interprètes en lice auront encore une fois reflété le parti-pris de François Guy, directeur opiniâtre et têtu pendant 14 ans : rien que des chansons récentes, récentes, récentes ! Mardi, Marie-Kim a servi de l’Ingrid St-Pierre, Maryline Joly du Clara Luciani (Drôle d’époque, avec une belle assurance), Mélanie Forgues du Fanny Bloom. Il est loin, le temps où les chanteuses et chanteurs se croyaient tenus de porter Amsterdam, Ton visage, voire Avec le temps. Avec le temps, à vingt ans !

Photo: Michel Parent Le groupe Réglisse Noire

Jocelyn Ménard, l’actuel dirigeant, assure la continuité sans chichi, force tranquille et rassembleuse. Ce mardi anniversaire, la famille chanson a répondu à son rendez-vous, marraines et parrains fidèles et solidaires : David Marin, Marie Denise Pelletier, Catherine Durand, Éric Goulet, Pierre Flynn, Amylie…

Qui je retiens, cette vingt-cinquième fois ? Pas les gagnants, comme ça arrive souvent. Je tiens fort à signaler Guillaume Aubertin. Son folk de guitare (Permafrost) a du ressort, sa ballade piano (Berceuse) de la justesse dans l’émotion, ses textes des tournures bien singulières, ses accords des détours étonnants, et le type séduit sans rien forcer, tout naturellement, à la Philippe B. On le reverra, j’en jurerais. « J’aimerais ça saluer mon anxiété », a-t-il jeté en pâture au public. Désarmant gars. De ça aussi, on se souviendra.