«Ladies’ Morning Musical Club»: un Richard Goode fort décevant

Le pianiste américain Richard Goode
Photo: Steve Riskind Le pianiste américain Richard Goode

Nous n’avons pas souvenir dans les quinze dernières années d’avoir entendu Richard Goode en récital à Montréal (il est venu en concerto jouer Mozart avec l’Orchestre symphonique de Toronto en 2014). Aussi avons-nous été surpris de voir dans sa biographie qu’il s’agissait d’une septième présence au Ladies’ Morning Musical Club. La plus grande prouesse du pianiste hier est probablement celle de s’être fait inviter à sept reprises par cette institution qui sélectionne le nectar des artistes internationaux.

À la lumière de fouilles effectuées dans les archives de la presse locale, le récital le plus récent semble être celui décrit par un article de Claude Gingras dans La Presse en 1991, sous le titre « Not so Goode ». À près de trente ans de distance, la déception semble le sentiment dominant du critique assistant à un récital du pianiste américain.

Surprise majeure de l’édition 2019, cette frustration touche le coeur du répertoire de l’artiste, dès les Variations en fa mineur de Haydn. Nous y entendons un toucher assez uniforme et vaguement pataud (on a cette même sensation dans la Mazurka op. 24 n° 2 de Chopin et dans le 1er mouvement de la Sonate « Les adieux » de Beethoven). Bien loin de la dentelle de Marc-André Hamelin, qui brosse avec finesse le contour des larmes de ce fa mineur, Richard Goode est tout de même très en deçà de pianistes tels qu’András Schiff (récital de 2015), Murray Perahia (à la Maison symphonique en 2016) ou Christian Blackshaw.

Dans Mozart aussi, mieux vaut ne pas prendre comme référence le Britannique Blackshaw. Goode semble avoir deux touchers : un toucher insistant et un toucher plus insistant. Il manque les ombres indispensables à cette exposition à la lumière. Le pianiste américain les trouvera quelque peu en interprétant Janáček, mais très loin de la poésie mystérieuse teintée de tristesse brumeuse déployée par Ivan Moravec et Rudolf Firkusny. Comme on le voit, ce sont les paliers, les strates qui mènent du piano à la musique, qui manquent principalement à ce que nous avons entendu dimanche.

À ces limites s’ajoute un désagrément majeur : celui d’entendre Richard Goode chantonner. Il n’est pas le seul à superposer sa voix à son jeu (Glenn Gould était célèbre pour cela), mais son art fort peu convaincant ne justifie guère que l’on supporte cela. Mozart et Beethoven ont été largement parasités par ces sons exogènes.

Assurant correctement la lettre de l’exécution des oeuvres, Goode a fait illusion durant la quasi-totalité de la durée du récital. Sans être particulièrement habitée, admirable ou éloquente, sa prestation était fort décente. Le pianiste a failli mener ainsi son programme à son terme avant de se désunir ultimement dans la dernière pièce : la Fantaisie en fa mineur de Chopin. Là, les petits passages balourds ou brouillons n’étaient plus seulement des recoins de phrases audibles de quelques spécialistes, mais des sections virtuoses plus « voyantes ».

Peut-être Richard Goode était-il dans un mauvais jour. Mais la liste des pianistes à faire revenir (Martin Helmchen, Lucas Debargue) ou venir (Steven Osborne, Igor Levit) à Montréal ne nous rend pas impatient de le revoir.

Ladies’ Morning Musical Club

Récital Richard Goode (piano). Haydn : Variations en fa mineur, Hob. XVII : 6. Mozart : Sonate en fa majeur K. 533/494. Beethoven : Sonate pour piano n° 26, « Les adieux ». Janáček : Dans les brumes. Chopin : Impromptu op. 51. Quatre Mazurkas. Fantaisie op. 49. Salle Pollack, dimanche 28 avril 2019.

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