Mozart, dentelle, chantilly et théâtralité

Bernard Labadie
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Bernard Labadie

Le troisième des programmes consacrés cette semaine à Mozart par l’Orchestre symphonique de Montréal a réservé plus que d’excellentes surprises. Dirigé par Bernard Labadie et présenté en matinée à 10 h 30, il était d’une finition parfaite, du même niveau que le concert de la 39e Symphonie la veille au soir.

C’est probablement la première fois que la formule de « minifestival » atteint, sur l’ensemble des concerts, un niveau d’inspiration et de réalisation aussi élevé, si l’on considère que les scories d’exécution du répertoire revisité de fond en comble par Hervé Niquet vont se placer jeudi et surtout vendredi.

Le répertoire mozartien permet de scinder les effectifs de l’orchestre en deux. L’OSM qui joue avec Bernard Labadie, et mené par Olivier Thouin, n’est donc pas le même que celui qui assume le programme « Jupiter Requiem » dirigé par Hervé Niquet. Ceci posé, « l’OSM Thouin », si nous pouvons le qualifier ainsi, a été exceptionnel à tous les étages et à tous les pupitres. Entendre cette texture des violons dans le 2e thème du 3e mouvement de la Petite musique de nuit était très précieux. La cohésion, le grain des cordes, une fois encore dans le mouvement lent de la Symphonie Linz, la circulation des phrases entre les pupitres, la qualité des mises en relief (violons II et altos dans le Finale de la sérénade), tout cela témoignait d’une entente et d’un respect profonds.

Quand Mozart coule ainsi, si parfaitement, si évidemment, l’auditeur a l’impression que l’art est simple. Mais il est fort compliqué. Je peux témoigner avoir vu le grand Carlo Maria Giulini tenter de faire jouer Mozart, et tout particulièrement cette 36e Symphonie, au prestigieux Orchestre de Paris. Le résultat était loin d’être celui entendu à Montréal jeudi matin.

De la fine dentelle dans la sérénade, de la juste théâtralité dans la symphonie et de la chantilly dans le Concerto pour flûte et harpe, souvent considéré comme de la musique d’ameublement, grâce à une prestation d’un raffinement et d’un tact parfait de Timothy Hutchins et Valérie Milot, qui jouait pour la première fois à la Maison symphonique de Montréal sur sa nouvelle harpe Salvi prêtée par Canimex et le mécène Roger Dubois.

Le concert de jeudi a confirmé en tous points les différences esthétiques notées mercredi entre l’élégance et le cantabile du Mozart de Labadie et le tumulte fougueux d’Hervé Niquet.

La Petite musique de nuit de Mozart

Sérénade « Eine kleine Nachtmusik », K. 525. Concerto pour flûte et harpe, K. 299. Symphonie no 36, « Linz ». Timothy Hutchins (flûte), Valérie Milot (harpe), Orchestre symphonique de Montréal, Bernard Labadie. Maison symphonique de Montréal, jeudi 18 avril 2019.