Mozart-Labadie: énergie et distinction

Bernard Labadie
Photo: François Rivard Bernard Labadie

Bernard Labadie et Hervé Niquet n’iront probablement pas passer leurs vacances ensemble à Cayo Coco pour discuter de Mozart. Les concerts des deux chefs, à 24 heures d’écart, lors des « Rendez-vous Mozart » de l’OSM ont été pour l’auditeur une expérience fascinante tant ils furent dissemblables, voire opposés, mais fascinants. Fascinants non seulement à comparer. Mais intrinsèquement fascinants, l’un et l’autre, posant à l’auditeur des questions philosophiques sur l’écoute et l’appréciation musicale.

Bernard Labadie et Hervé Niquet sont énergiques tous les deux. Ils connaissent le style tous les deux. Mais là où Niquet déborde d’énergie, Labadie la canalise toujours. Là où Niquet bouillonne au point de ne plus chanter, Labadie reste toujours impeccablement vocal : tout est élégant, chantant et tout respire. Là où Niquet pousse tellement les musiciens qu’ils ne peuvent que déraper par endroits, tout est si prémédité chez Labadie que rien ne déborde.

Une question d’effectifs

Fascinantes, on vous l’a dit, les oppositions sont partout. Chez Labadie, la ligne musicale, sacrée, est ponctuée par les timbales. Dans la 41e Symphonie de Niquet les timbales se posent en saillie sur la ligne pour la secouer et la trancher. Que dans la Jupiter de Niquet les trompettes tendaient à pétarader alors que dans la 39e de Labadie elles s’intégraient mélodiquement au discours polyphonique tient aussi sans doute au style des instrumentistes.

Là où les propositions osées d’Hervé Niquet ont vraiment chamboulé nos certitudes, c’est sur la disposition. En fait, pas tant sur la disposition (car Labadie montre que les bois peuvent très bien sonner à leur place habituelle) que sur les effectifs. L’idée folle et iconoclaste de six altos, six violoncelles et six contrebasses face à huit violons I et huit violons II découverte mardi, nous ne pouvions pas nous la sortir de l’esprit en entendant le classique effectif (avec quatre violoncelles et trois contrebasses) de « l’OSM de Bernard Labadie ». Ainsi dans le 2e thème tumultueux du 2e mouvement de la 39e Symphonie de Labadie, on avait envie d’entendre des grondements qui ne venaient pas, alors que la veille on en aurait pris plein les tympans.

Mais doit-on en prendre plein les tympans ? Doit-on en découdre avec la musique, dans un processus d’effervescence ? Quel est le galbe d’une phrase ? La ligne est-elle continue ou brisée ? Ces concerts vont nous nourrir à long terme.

En engageant Hervé Niquet et Bernard Labadie, l’OSM a eu une idée majeure pour alimenter intelligemment sa formule de minifestivals. C’est très exactement ce qu’il faut faire ; opposer au sein d’une même semaine deux esthétiques par deux chefs importants pour stimuler les auditeurs.

Alexandre Tharaud a évidemment été au diapason du chef. Il a joué avec tact et fluidité le Concerto K. 467 en ornementant délicatement et en optant pour ses propres cadences, celle du 3e mouvement s’avérant particulièrement réussie dans la seconde moitié. En rappel, il a proposé la Sonate Kk 141 de Scarlatti avec encore plus de verve que dans son enregistrement.

Bernard Labadie, Alexandre Tharaud et Mozart

Mozart ; Ouvertures de La Clémence de Titus et du Directeur de théâtre. Concerto pour piano no 21, K. 467. Symphonie no 39. Alexandre Tharaud (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Bernard Labadie. Maison symphonique de Montréal, mercredi 17 avril 2019.