Demi-finales des Francouvertes, jour 3: le grand écart stylistique

Burger est un leader naturel. Comme un poisson dans l’eau sur scène. Bon guitariste, très bonne voix, une fougue qu’il répand les yeux fermés derrière sa crinière empruntée à celle de Joey Ramone.
Photo: Frederique Menard Aubin Burger est un leader naturel. Comme un poisson dans l’eau sur scène. Bon guitariste, très bonne voix, une fougue qu’il répand les yeux fermés derrière sa crinière empruntée à celle de Joey Ramone.

Les jurés de la dernière soirée des demi-finales du concours-vitrine Francouvertes ont tranché mercredi soir : lors de la grande finale de la 23e édition au Club Soda le 6 mai prochain, nous verrons s’affronter, pour la gloire, l’honneur et la généreuse ribambelle de prix, l’orchestre jazz-funk O.G.B, le groupe country néo-écossais P’tit Belliveau et les Grosses Coques ainsi que l’auteur-compositeur-interprète rock-country Alex Burger. Belle lutte en perspective.

Ainsi donc, la seule constante de cette édition des Francouvertes demeure pour l’instant O.G.B. Le groupe, qui possède une énergie aussi captivante que sa vision musicale d’un jazz au diapason des tendances rap de l’heure, conserve sa position de tête au palmarès, la même qu’il détenait au terme de la ronde préliminaire opposant vingt et un concurrents. Pour les deux autres positions, le rebrassage est complet : P’tit Belliveau et les Grosses Coques avaient terminé quatrièmes après la première ronde, les voilà en deuxième place. Alex Burger a connu la plus grande progression, passant de la neuvième (dernière) position des préliminaires pour aller arracher la troisième après sa performance mercredi soir.

On lui concédera déjà ça : Burger est un leader naturel. Comme un poisson dans l’eau sur scène. Bon guitariste, très bonne voix, une fougue qu’il répand les yeux fermés derrière sa crinière empruntée à celle de Joey Ramone. Sa musique est bien plus sage, cependant (trop sage ?) : un blues rock mâtiné d’influence country, bien envoyé par un orchestre resplendissant — il les appelle les Prix Staff, un batteur, un bassiste, un superbe guitariste ayant offert les meilleurs solos qu’on ait entendus durant ces demi-finales. C’était tout de même conventionnel dans sa manière d’être rétro, un rock à la Charlebois des débuts, le blues d’Offenbach qui perce quand les chansons dévient du country-rock, quelques brefs éclats de blues rock vintage californien qui auraient accroché les tympans en passant devant le Whisky a Go Go il y a cinquante ans.

Pour quelque chose de plus frais, il fallait se rabattre sur la performance précédente, celle du trio R&B/rap David Campana, Shotto Guapo et Major, qui ont ouvert la soirée. Si un prix devait être décerné pour la meilleure mise en scène, ils l’auraient remporté : les trois musiciens avaient imaginé un décor (banc de parc, lampadaire, borne-fontaine, etc.), ils étaient même accompagnés de trois danseurs.

Major, le beatmaker, se charge de l’orchestration et des rythmes ; Shotto Guapo et David Campana s’échangent couplets et refrains. Pensez à un trap mélodieux inspiré par les stars de la scène torontoise (The Weeknd, Drake), par Travis Scott, 21 Savage, J. Cole et tous les autres MC qui prennent aujourd’hui d’assaut les palmarès pop avec des rythmes détendus et des mélodies R&B mélancoliques. On sentait le public moins réceptif à leur son, pourtant bien conçu et exécuté avec passion dans les circonstances. Assurément, ce n’est pas la dernière fois qu’on les verra sur une scène.

Enfin, Poulain, Valérie de son prénom et Saguenénne d’origine, arrivait sur scène avec la confiance que lui conférait sa troisième position au palmarès décrochée au terme de la ronde préliminaire. Elle est montée sur scène le feu dans les yeux et la guitare au cou, accompagnée des excellents Étienne Dupré à la basse (et aux douze pédales d’effets) et Thomas Sauvé-Lafrance à la batterie. Intense première chanson, lyrique et grunge à la fois, la guitare qui griche, mais la voix qui porte, presque opératique dans ses envolées. Or, ses enchaînements se sont avérés laborieux, guitare qui se désaccorde, longueurs entre les chansons.

Poulain a l’appétit pour la scène, c’était patent, mais pas encore l’expérience que dégageait Burger, qu’on avait écouté avant elle. Ça viendra, pour sûr. Au festival La Noce de Saguenay, par exemple, qui l’a invitée à s’y produire cet été (la 3e édition se déroulera du 4 au 6 juillet), l’un des nombreux prix déjà décernés hier soir. Car c’est surtout ça, les Francouvertes : une première vraie scène, face à des spectateurs avertis. Et la réalisation que, même exclus du podium, ils sont sur la bonne voie, en route vers leur public.