Hervé Niquet brasse la cage

Hervé Niquet empoigne la musique comme peu de chefs.
Photo: Nicole Bergé Hervé Niquet empoigne la musique comme peu de chefs.

Ceux qui attendaient au lendemain de l’incendie de Notre-Dame de Paris un Requiem de Mozart fervent et émouvant sous la direction d’un chef français ont dû être assez interloqués de voir la musique ainsi brassée lors du concert d’Hervé Niquet.

C’est que le propos de Niquet n’est pas de projeter des sentiments de circonstance dans un texte musical. Ce chef s’intéresse à la lettre et à l’expérience sonore.

Un jeu des dispositions

Le concert, qui sera repris jeudi et vendredi, vaut le détour, car il est forcément une expérience dans une vie de mélomane. Niquet montre que l’on peut soumettre une musique de répertoire à un laboratoire d’idées.

Cette expérimentation commence par la disposition. L’orchestre est tassé au fond. Dans la symphonie, les clarinettes, les flûtes et les bassons entourent le chef. Les cordes (avec autant de contrebasses que d’altos et de violoncelles) sont autour de ce noyau, les altos alignés face au chef et les cordes graves en demi-cercle derrière.

On est d’abord assez étonné, mais cela marche bien. Il y a une vraie différenciation violons I violons II, comme on l’a rarement connue dans cette salle et, projetant contre la paroi arrière, les cors ont beaucoup d’impact. Il est dommage que dans le Finale on ne distingue pas trop, aux trompettes, les lignes vraiment principales (éclatante péroraison finale) des contre-chants.

Hervé Niquet empoigne la musique comme peu de chefs, et le 1er mouvement n’est qu’un avant-goût de ce qui suit. L’Andante joué quasiment deux fois plus vite que de coutume et le Menuet montrent que même si l’OSM joue le jeu à fond, il y a dans cette exaltation musicale trop d’informations nouvelles à digérer. Mais Niquet n’est pas homme à faire des compromis. La qualité d’exécution de ses idées radicales ira en s’améliorant jusqu’à vendredi. On ne peut demander l’impossible. Ça et à ce point, c’était carrément l’impossible.

Nouvelle surprise dans le Requiem avec des choristes debout et assis, toutes voix mélangées, placés à gauche et à droite face à face devant l’orchestre. Là aussi, l’effet d’abord déconcertant puis titillant surtout dans l’équilibre choeur orchestre. Dans la balance chorale, il y a trop de basses (il faudrait en faire asseoir un, parmi ceux à droite) et pas assez de ténors (ex. « Domine Jesu »). On espère un renforcement à venir des consonnes (« Rex », « Hostias », « Luceat eis »).

Là aussi, la musique est empoignée à un tempo inaccoutumé. Ce n’est pas notre vision des choses, mais d’une certaine manière l’auditeur est pris pas un souffle général permanent.

Dans le concept d’Hervé Niquet, pour la symphonie comme pour le Requiem, le débat esthétique porte sur deux questions : comment la musique respire-t-elle (est-ce qu’il ne l’asphyxie pas ?) et quel sentiment (l’affliction du Lacrimosa) exprime-t-elle par quel canal ? Niquet semble faire le pari que la houle viendra vous remuer et que cette déstabilisation est une panacée de tous les états d’âme.

Bravo à tous les musiciens et choristes pour l’avoir ainsi suivi. Quant aux solistes, ils donnent satisfaction à l’exception de la soprano, au timbre très mat. On espère qu’elle n’est pas venue de loin, car les doigts des deux mains ne suffisent pas pour compter les Québécoises qui font mieux.

Le Requiem de Mozart

Mozart ; Symphonie no 41, « Jupiter ». Requiem (ed. Bärenreiter). Heather Newhouse (soprano), Marie-Claude Chappuis (mezzo), John Tessier (ténor), Philippe Sly (baryton), Choeur et Orchestre symphonique de Montréal, Hervé Niquet. Mardi 16 avril 2019. Reprises jeudi et vendredi à 20 h.