Demi-finales des Francouvertes, jour 2: et que ça groove!

Après le dépouillement des bulletins de vote du jury professionnel et du public, O.G.B. retrouve la position qu’il détenait à l’issue de la ronde préliminaire, c’est-à-dire la première.
Photo: Frederique Menard Aubin Après le dépouillement des bulletins de vote du jury professionnel et du public, O.G.B. retrouve la position qu’il détenait à l’issue de la ronde préliminaire, c’est-à-dire la première.

Autre soir, tout autre ambiance au Lion d’Or, où se déroulait mardi la deuxième soirée de demi-finales du concours-vitrine Francouvertes : après la soirée boîte à chanson, country et rock de lundi dernier, le funk, le rap et la chanson afro-rock ont électrisé la salle de la rue Ontario, d’abord avec la chanson disco-funk de Comment Debord, suivie d’une convaincante performance de l’orchestre jazz-rap O.G.B., puis de celle de l’inclassable Dear Denizen.

Comment Debord atteignait la quasi-parité sur la scène du Lion d’Or. Le quintette, gonflé à sept musiciens, comptait sur une guitariste, une percussionniste et une chanteuse, accompagnées d’un chanteur-guitariste, un claviériste, un bassiste et un batteur. Ils ont brisé la glace un peu mollement, avec une chanson portée par un rythme funk lent et aéré, charmante mais désincarnée — mettons cela sur le compte de la nervosité sans doute ressentie par ces jeunes musiciens.

La gang s’est vite réveillée — et nous aussi, dans la salle bondée — en balançant un fulgurant disco-funk vintage où tous les musiciens s’échangeaient des solos. Sur papier, on promettait de nous faire danser et Comment Debord a livré la marchandise, seulement nous en aurions pris davantage. La suite de son programme nous a cependant démontré que l’attachant groove band n’a pas encore tout à fait trouvé sa véritable identité : après le disco, on tombait dans une chanson funk surannée, puis dans un long crescendo pop-rock des années 1970 qui d’un seul coup a effacé tout souvenir que nous avions du parfait disco qu’ils venaient de nous servir.

Possédant plus d’expérience sur scène, le groupe O.G.B. (pour Original Gros Bonnet) ne fait pas de cachettes quant à son identité. L’ensemble des musiciens formés au programme musical du cégep Saint-Laurent mettent à profit leurs études en jazz pour exprimer leur passion pour le rap — avec une redoutable efficacité.

Le MC Franky Fade au micro pour haranguer la foule et livrer de solides raps, appuyé par d’excellents musiciens (saxophone, claviers, tables tournantes, batterie, basse, guitare). On pourrait les comparer à The Roots dans les années 1990 et 2000, à cette différence près : les jeunes musiciens ont intégré la tendance moderne du trap, une structure rythmique très différente de celle qui a donné naissance à The Roots, structure qu’ils réinterprètent à leur manière, avec de vrais instruments. Et ça marche, les basses qui assomment combinées à l’élégance de leur jeu, tantôt emporté par un rythme salsa (puissante Rebondir de leur album Volume Un, paru l’an dernier), tantôt plus pop dansant. Après ça, personne ne s’étonnera de leur présence en finale.

L’auteur-compositeur-performeur Chris Ngabonziza était assurément le musicien ayant le plus d’expérience de scène de la soirée, sinon de cette édition du concours, ayant mené les projets Ngabo et Abakos avant d’incarner Dear Denizen. Et ça paraissait : l’assurance dans la voix, belle, et dans le geste, théâtral, avec costumes et tout le truc. La musique africaine de ses origines pointait dans le jeu du guitariste, un peu dans la rythmique proche de l’afrobeat nigérian, mais ses chansons demeurent ancrées dans l’indie rock, avec sa batterie tonitruante. Présence magnétique, chanson bien ficelée, performance efficace.

Après le dépouillement des bulletins de vote du jury professionnel et du public, O.G.B. retrouve la position qu’il détenait à l’issue de la ronde préliminaire, c’est-à-dire la première. Ni Comment Debord ni l’expérimenté Dear Denizen n’ont pu percer l’alignement ; c’est donc dire que deux concurrents de la soirée de lundi conservent une chance de participer à la grande finale du 6 mai au Club Soda, Thierry Larose (en 3e position) et les néo-écossais de P’tit Belliveau et les Grosses Coques, la fierté des Acadiens de la Nouvelle-Écosse.

Permettez d’ailleurs que l’on corrige cette erreur commise dans notre texte d’hier et relevée par un compatriote du musicien : P’tit Belliveau ne chante pas en chiac — langue parlée dans la région de Moncton —, ses chansons et son accent sont plutôt ceux de l’acadien de Clare, du nom de la communauté francophone du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, « ou comme on dit par chez nous, l’accent acadjonne », précise notre lecteur, que l’on remercie.