De l’espoir pour l’orgue de Notre-Dame

Le grand orgue de Notre-Dame a pu être sauvé des flammes et de la fusion par les pompiers.
Photo: Stéphane de Sakutin Agence France-Presse Le grand orgue de Notre-Dame a pu être sauvé des flammes et de la fusion par les pompiers.

Contrairement aux informations contradictoires ayant circulé lundi soir selon lesquelles ses tuyaux auraient fondu, le grand orgue de Notre-Dame de Paris aura tenu bon devant les flammes et la fusion. Laurent Prades, le régisseur général de Notre-Dame de Paris, chargé de l’inventaire des objets d’art de la cathédrale, a affirmé mardi à la radio Europe 1 que le plus grand orgue de France était « inutilisable, mais préservé ».

Encore mardi matin, le ministre de la Culture, Franck Riester, affirmait pourtant au micro de France Inter que l’orgue avait « l’air d’avoir été assez atteint ». Or, il appert qu’aucun de ses 8000 tuyaux n’a fondu et, information importante et étonnante, « il n’a pas pris une seule goutte d’eau », selon M. Prades.

Pour Michael Adda, directeur de La Dolce Volta, l’éditeur du plus récent disque de l’orgue, Bach to the Future, par l’organiste Olivier Latry, un des trois titulaires l’orgue, la prudence reste de mise : « Pour l’heure, il s’agit d’informations visuelles et de structure. L’orgue est couvert de suie et de poussière, il est injouable parce que l’alimentation est évidemment hors d’usage et aura besoin d’un accord général, mais l’important est que les tuyaux, dont certains du XVe siècle, sont intacts ».

L’orgue de choeur qui se trouvait sous le brasier est aussi debout. Par contre, il a été abondamment arrosé afin de préserver les stalles du XVIIIe siècle qui le jouxtaient.

Clavier bien tempéré

Il se pourrait cependant qu’un excès d’optimisme contrebalance le catastrophisme ambiant de la veille. C’est une prudence à laquelle invitait au micro de l’Agence France Presse l’un des organistes de Notre-Dame, Philippe Lefèbvre, en poste depuis 35 ans. Il considère l’orgue comme « sauvé, mais en danger ». À ses yeux, la structure de l’instrument, qui « date du début du XVe siècle », serait recouverte « par des gravats, de la poussière et de l’eau ».

Philippe Lefèbvre, qui n’est pas sur place, mais à Montréal, un village du sud-ouest de la France où il réside, craint que « dans les mois qui viennent, tout cela va sécher et risque de provoquer des problèmes de structure », tout en espérant que « cela va rester stable ».

Le Devoir a eu le rare privilège de pouvoir s’entretenir mardi matin avec Olivier Latry, sorti du mutisme dans lequel il s’était enfermé depuis la tragédie. Dans un bus l’amenant de Vienne à Dresde avec les cuivres du Philharmonique de Vienne, l’organiste avoue n’avoir pas vraiment dormi la nuit dernière. En apprenant le « miracle », au matin, il n’a « pas sauté de joie », mais a été « un peu rassuré ».

Olivier Latry confirme les dires de son collègue : « Effectivement, l’orgue est sauvé, mais en danger. Il n’est pas utilisable — il n’y a plus d’électricité de toute façon —, mais il y a un double problème : l’eau sur la terrasse au-dessus de l’orgue et aussi un pignon qui menace de s’effondrer. Trois possibilités : ou ce pignon ne tombe pas ; ou il tombe côté parvis ; ou il tombe côté cathédrale, perce la voûte et chute du côté de l’orgue. La cathédrale va être fragilisée pendant des mois. »

Advenant une stabilisation favorable des structures, le processus de restauration ne peut être planifié à ce stade. « On ne peut pas monter à la tribune, car c’est beaucoup trop dangereux, il faut sonder et on ne peut donc pas connaître l’étendue réelle des dégâts. Il est possible qu’il faille démonter l’ensemble de l’instrument, comme il se peut qu’on ait à dépoussiérer les tuyaux. »