Demi-finales des Francouvertes, jour 1: la chanson dans tous ses états

L’ovni musical, composé du P’tit Belliveau et des Grosses Coques, émerge premier de la liste préliminaire de ces demi-finales, suivi par Larose et Anaïs.
Photo: Frederique Menard Aubin L’ovni musical, composé du P’tit Belliveau et des Grosses Coques, émerge premier de la liste préliminaire de ces demi-finales, suivi par Larose et Anaïs.

Ils étaient vingt et un sur la ligne de départ, ne restent plus que neuf concurrents toujours dans la course de cette 23e édition du concours-vitrine Francouvertes. Hier soir au Lion d’or, la première soirée des demi-finales a vu défiler la chansonnière Anaïs Constantin, l’orchestre country P’tit Belliveau et les Grosses Coques, puis le troubadour indie rock Thierry Larose. Soirée chaudement disputée par trois propositions différentes, mais toutes de qualité, formant un programme fertile en guitares et en fous rires.

Ce n’est pas une basse, mais bien une guitare baryton ténor, a tenu à préciser Anaïs Constantin, qui la tenait entre ses mains — une guitare « achetée avec mon argent de poche ». Entre ses chansons, la jeune auteure-compositrice-interprète converse avec aisance et beaucoup d’humour ; on ne vous rapportera pas l’anecdote de Line rencontrée à Rouyn-Noranda, mais l’étrange inconnue est à l’origine d’une chanson portant son nom. Une touchante chanson : c’est beaucoup ça, Anaïs — dès qu’on la rencontre sur scène, on se sent tout de suite familier avec elle, au point de vouloir l’appeler simplement par son prénom —, des compositions souvent mélancoliques, des textes fouillés, mais une présence qui éteint vite la tristesse.

Anaïs a brisé la glace, assise sur son tabouret, accompagnée seulement d’une guitariste et choriste (Émilie Proulx, cuvée 2007 des Francouvertes). La chanson dans son plus simple appareil : une histoire, une mélodie, sans fioritures. Certaines chansons donnaient l’impression qu’elles auraient profité d’un orchestre complet, comme si on décelait là une couche de rock attendant dans son pot d’être appliquée. On se concentre alors sur le refrain, sur les mots ; Anaïs a justement un beau sens de la formule. Celle-là, tenez, avec son désespérant parfum de modernité : « Tes storiesme disent que tu vas bien/J’espère que c’est un peu vrai ».

On nous avait prévenus que P’tit Belliveau et les Grosses Coques allaient brouiller les cartes : c’est l’ovni musical de cette 23e édition. Originaire du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, Belliveau a constitué autour de son banjo et lui un bataillon de musiciens country qui — c’est une évidence en dépit de leur jeune âge — ont dû écumer tout débit de boisson acadien avec leur répertoire bucolique et parfaitement exécuté. Un mélange de country, de bluegrass (en plus du banjo, comptez sur un mandoliniste et un parfait gratteur de Fender) et de chanson folk, chanté en français plus qu’en chiac, bien que les présentations de Belliveau nous aident à mieux comprendre le texte, l’accent néo-écossais étant plus sibyllin que ceux de Lisa Leblanc ou de Joseph Edgar.

Et ça marche. On a tapé des mains, on a rigolé, pendant vingt-cinq minutes. Ces gars-là jouent comme de vieux pros, avec des petits trucs (ce serait exagéré de parler de mise en scène) venant ponctuer leur joviale performance. Les compositions se démarquent par des mélodies accrocheuses et des thèmes amusants, avec des titres comme Depuis que la neige a fond et Mon drapeau Acadjonne ou une chanson où Belliveau envie la vie simple des animaux « qui n’ont pas à changer leurs winter tires et payer des taxes ».

C’en était presque ingrat pour Thierry Larose qui devait suivre. Sa chanson indie rock avait presque l’air trop sage après la débile tempête maritime. C’est pourtant lui qui a le mieux fait chauffer les amplis, s’accompagnant à la guitare, épaulé par une guitariste et choriste emballante et une section rythmique à point. Deux chansons rock aux effusions presque punk pour lancer le bal, suivies de deux autres intimistes, précieux moments qui permettent à Larose d’user de sa voix qui flanche pour le plus bel effet.

Après ces trois courts concerts, le jury, le public et les professionnels ont tranché : P’tit Belliveau et ses Grosses Coques émergent premiers de la liste préliminaire, suivis par Larose et Anaïs. La suite ce soir pour un programme axé sur le groove avec Comment Debord, O.G.B. — qui avait terminé la première ronde en position de tête — et Dear Denizen.