La jubilatoire explosion du «Printemps»

À revoir Jordan de Souza, après son «Don Giovanni» et pour la première fois dans le répertoire symphonique, on se rend compte qu’il a une petite longueur d’avance.
Photo: Brent Calis À revoir Jordan de Souza, après son «Don Giovanni» et pour la première fois dans le répertoire symphonique, on se rend compte qu’il a une petite longueur d’avance.

Si nous étions responsables du comité de sélection de l’OSM, nous convoquerions illico les membres dudit comité en délégation à assister ce soir à la Maison symphonique de Montréal au concert de l’Orchestre Métropolitain afin de superviser Jordan de Souza.

À 30 ans, le Torontois formé à l’Université McGill oeuvre comme Kapellmeister de l’Opéra comique de Berlin, l’institution la plus innovatrice et dynamique de la capitale allemande. La fulgurance et la lumineuse intelligence de son interprétation de la Symphonie « Le printemps » de Schumann prouvent une fois de plus que les musiciens d’ici savent « donner la note », comme disent certains, même sur le podium.

Le mélomane ne peut que rester pantois devant la somme de grands talents révélés récemment. Nous avons beaucoup entendu et loué Nicolas Ellis, collaborateur privilégié de Yannick Nézet-Séguin. Mais à revoir Jordan de Souza, après son Don Giovanni et pour la première fois dans le répertoire symphonique, on se rend compte qu’il a une petite longueur d’avance. Malgré toute notre admiration pour Nicolas Ellis, Jordan de Souza possède pour le moment, en plus, ce zeste de saine folie et cette hardiesse qui parviennent à provoquer des étincelles musicales.

Rafael Payare et Alain Altinoglu nous ont donné cela à l’OSM cette saison, cet état de dépassement collectif virant quasiment à la transe. Et c’est ce que nous propose Jordan de Souza dans la 1re Symphonie de Schumann. Dès le début, on pense à la fougue furieuse de Georg Solti dans son enregistrement avec le Philharmonique de Vienne en 1969. Mais il y a ici davantage de rondeur aux bois et une vraie gourmandise ludique des contre-chants dans une interprétation très préméditée et réfléchie.

Le raccord à la Maison symphonique sera mis à contribution pour parfaire la fin du 3e mouvement et le début du 4e, mais la tension est si vive et les risques pris si grands (la strette du 3e mouvement !) que tout ne pouvait être parfaitement aligné du premier coup.

Le petit miracle de la symphonie s’annonçait dans les premières mesures du concerto, où le chef bousculait l’orchestre au point de le précéder. Ce Concerto pour violoncelle, excellemment joué par le chaleureux soliste invité, comportait de très beaux moments de dialogue entre le violoncelle et les bois dans le 2e mouvement. Très agréables aussi, les pièces alentour : un Sibelius très généreux de son et un Delius abordé de manière très fluide faisant poétiquement émerger le coucou (clarinette) à la fin.

Si d’aucuns en venaient à ne pas suivre nos conseils, adressons une requête au Métropolitain. Pourquoi ne pas confier à Jordan de Souza un cycle Schumann sur plusieurs saisons ? Un programme avec les Symphonies no 2 et 3 et les deux Introduction et Allegro (opp. 92 et 134) pour piano et orchestre aurait beaucoup d’allure.

Le printemps de Schumann

Sibelius : Chanson de printemps. Schumann : Concerto pour violoncelle. Delius : On Hearing the First Cukoo in Spring. Schumann ; Symphonie no 1, « Le Printemps ». Maximilian Hornung (violoncelle), Orchestre Métropolitain, Jordan de Souza. Pierrefonds-Roxboro, jeudi 11 avril 2019. Reprise ce soir à la Maison symphonique de Montréal et demain à Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.