Les flâneurs


Odile Tremblay

Poésie référendaire
En salle, le merveilleux long métrage d’animation de Félix Dufour-Laperrière, Ville Neuve, est une œuvre de poésie et de pudeur exquise. En noir et blanc, avec 80 000 esquisses de grâce, il ancre une difficile réconciliation amoureuse dans la Gaspésie et le Montréal du référendum de 1995. Entre chants des mouettes et revendications nationalistes, entre profil de perdant et espoirs sous métaphores inspirées du chef-d’œuvre d’Andreï Tarkovski, Andreï Roublev, le cinéaste marie les contradictions de sa société aux échecs personnels en quête de rédemption dans ce film sensible et inspirant.


Manon Dumais

Le deuil, yes sir !
Quiconque l’a vu dans la version originale de la série The Office ou aux commandes de la cérémonie des Golden Globes connaît l’humour caustique et irrévérencieux de Ricky Gervais. Qui aurait pu se douter alors que l’homme pouvait aussi être émouvant ? Dans la série Netflix After Life, qu’il a écrite, réalisée et produite, il incarne un journaliste d’une feuille de chou locale qui, vivant difficilement le deuil de sa femme, se comporte de manière abjecte avec son entourage. En un savant dosage d’humour noir, de répliques cruelles et de scènes touchantes, Gervais livre une réflexion sur le sens de la vie qui dilate la rate et va droit au cœur.


Louise-Maude Rioux Soucy

Le temps que la beauté se fige
Seul au piano, Pierre Lapointe a le don de remuer les âmes. En duo avec la Française Clara Luciani, les tremblements se font vertigineux, presque charnels. Ensemble, ils ont fait paraître Qu’est-ce qu’on y peut?, une tendre ballade d’une tristesse abyssale, presque résignée, dans laquelle on se coule avec un grand frisson. Ni tout à fait chez lui ni tout à fait chez elle, on est chez eux, enveloppé par l’histoire de ces deux corps qui se «font leurs aveux» «dans le silence de l’abandon». C’est beau. C’est lancinant. À l’oreille comme à l’œil. C’en est presque trop. Mais, ils le disent eux-mêmes, au fond, qu’est-ce qu’on y peut?


Valérie Duhaime

Des larmes qui tuent
Reine, Benjamin, Rasmus et Paul entrent tous dans les années 1980 avec un degré différent de naïveté par rapport à la vie qu’ils pourront mener en tant qu’homosexuels suédois. Ils en sortiront (ou pas, dans certains cas) dépourvus d’insouciance, volée par le VIH. La trilogie N’essuie jamais de larmes sans gants, du Suédois Jonas Gardell, est maintenant offerte en un seul volume en français. Cru, presque violent, mais lyrique et rêveur, le récit de Gardell comprend aussi intermèdes informatifs pour que l’on comprenne l’évolution du droit des personnes homosexuelles et de la perception du sida.